Alors que le débat sur le « mode bunker » et les quelque 6 millions de bitcoins placés derrière des clés publiques exposées occupe la sphère crypto, des ingénieurs de Zakura avancent une piste pour Zcash. Dans un billet signé Roman Akhtariev, l’équipe décrit l’application d’une technique appelée PIR, pour Private Information Retrieval (récupération privée d’information), aux adresses transparentes de Zcash. Selon le Journal du Coin, qui rapporte ce billet le 9 octobre 2026, l’objectif est de permettre à un portefeuille de surveiller ses adresses sans jamais révéler au serveur lesquelles il vérifie.

Une adresse transparente cache sa clé jusqu’à la dépense

Le point de départ est la structure des adresses transparentes de Zcash. D’après l’article, une telle adresse ne contient pas la clé publique elle-même, mais son hachage. L’adresse et son historique restent publics sur la blockchain, tandis que la clé publique reste cachée. Elle n’apparaît sur la chaîne qu’au moment de dépenser, puisqu’elle accompagne alors la signature.

C’est là que se situe le risque évoqué : dans l’hypothèse d’une percée cryptographique, une clé exposée signifie des fonds en sursis, résume le Journal du Coin. L’article présente ce risque comme un scénario, non comme un fait établi.

La rotation des adresses et son angle mort

La parade décrite tient en un mot : la rotation. À chaque transaction, le portefeuille génère une adresse nouvelle, et le reliquat éventuel est envoyé vers une adresse neuve dont la clé reste derrière un hachage. Aucune nouvelle phrase secrète (seed) n’est nécessaire, car la dérivation standard produit un arbre de paires de clés à partir d’une seule phrase. Dépenser depuis une adresse A ne révèle ainsi que la clé publique de A.

L’article signale toutefois un angle mort : la clé publique étendue, qui permet de dériver l’ensemble des clés de réception et de change d’un compte. Selon le Journal du Coin, un attaquant qui l’obtiendrait avec une seule clé privée transparente pourrait remonter jusqu’à la clé racine, puis dériver toutes les autres.

Le problème visé : ce que voit le serveur

Générer des adresses ne suffit pas, il faut aussi les surveiller pour recevoir ses paiements. Or, un portefeuille léger classique interroge son serveur RPC avec des adresses lisibles. « Montrez-moi les transactions de A, puis de B, puis de C », résume le billet cité par le Journal du Coin. Le serveur voit chaque adresse et peut relier ces requêtes à un même client ; le chiffrement de la connexion n’y change rien, puisque le serveur lit le contenu des demandes.

Conséquence : des adresses indépendantes sur la chaîne se retrouvent associées par la manière dont elles sont vérifiées. C’est une fuite de métadonnées que la blockchain elle-même ne montre pas.

Ce que fait le PIR, selon la description publiée

Le PIR consiste à récupérer un enregistrement d’une base de données sans que le serveur sache lequel. L’article ne détaille pas le mécanisme cryptographique qui rend cela possible ; il décrit en revanche l’organisation retenue pour Zcash :

  • l’activité transparente confirmée est découpée en plages de blocs, chacune servie par un shard ;
  • le PIR récupérant les enregistrements par position, le portefeuille hache localement le script de paiement de l’adresse, ce qui lui donne des positions candidates dans le répertoire du shard, qu’il récupère ensuite de manière privée ;
  • chaque shard publie un filtre d’activité public, que le portefeuille télécharge pour tester ses adresses en local, sans rien envoyer au serveur ;
  • ce n’est qu’en cas de correspondance possible que le portefeuille lance une requête privée.

Selon l’article, une plage de 10 000 scripts de paiement distincts tient dans environ 15 Ko de filtres. Les enregistrements récupérés décrivent les réceptions et les dépenses confirmées ; les historiques courts tiennent dans la première réponse, les plus longs se poursuivent par des pages supplémentaires, elles aussi récupérées de manière privée. Le même chemin sert à la restauration depuis la phrase secrète, lorsqu’une ancienne adresse au solde nul doit retrouver son historique.

Ce qui est disponible et ce qui reste annoncé

D’après le Journal du Coin, le composant PIR transparent arrive cette semaine dans Vizor, sous la forme d’un déploiement expérimental activable via l’option « Private queries » des réglages. Le composant est donc présenté comme expérimental.

La suite relève de l’annonce : des pools transparents entièrement post-quantiques sont prévus pour janvier. L’article ne précise pas comment ils fonctionneront ; leur calendrier reste à vérifier.

Ce que la technique protège, et ce qu’elle ne protège pas

Il faut distinguer deux protections. Selon le billet tel que le rapporte le Journal du Coin, la rotation réduit l’exposition des clés face à une potentielle percée, tandis que le PIR réduit l’information disponible pour le profilage et le ciblage. Ce sont deux risques différents, traités par deux remèdes complémentaires. Autrement dit, d’après cette description, le PIR porte sur ce que le serveur peut apprendre des requêtes, et non sur l’exposition des clés.

Les limites sont aussi assumées. Les transactions transparentes restent publiques sur la chaîne, et le PIR ne change rien à cette réalité. L’article relève enfin que savoir que plusieurs adresses appartiennent au même portefeuille ne révèle pas pour autant leurs clés cachées.

Sources