Les exportations suisses ont progressé de 1,5 % en septembre, à 23,2 milliards de francs, après leur plongeon du mois d'août. Dans le même temps, les importations ont bondi de près d'un quart, à 21,9 milliards, sous l'effet de l'arrivage de produits chimiques et pharmaceutiques. Ces chiffres ont été publiés mardi par l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF). Conséquence mécanique : le solde commercial du mois a fondu à 1,35 milliard de francs.
Le même jour, la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH) a publié ses propres données pour septembre. Elles montrent que les exportations horlogères poursuivent la progression entamée en juin, avec une envolée des envois vers les États-Unis que la FH attribue à un effet de base favorable.
Le commerce extérieur suisse au troisième trimestre
Sur l'ensemble du troisième trimestre, l'OFDF fait état d'une confirmation du rebond amorcé au deuxième. Les exportations ont augmenté de 2,6 %, à 75,0 milliards de francs. La chimie-pharma, qui pèse plus de la moitié du total, a progressé de 1,6 %, à 39,3 milliards, après un rebond de 15,7 % entre avril et fin juin.
La hausse s'est étendue à d'autres branches : l'industrie des machines, de l'électronique et des appareils gagne 3,1 %, à 13,7 milliards, et l'horlogerie 4,7 %, à 6,7 milliards de francs.
Côté importations, la progression trimestrielle est de 1,8 %, ce qui les porte à un niveau record de 61,0 milliards de francs. La valeur des produits énergétiques importés a bondi de 10,8 %, à 3,2 milliards, après une hausse de près de 30 % au trimestre précédent. L'excédent commercial atteint 14,0 milliards, contre 13,2 milliards au deuxième trimestre et 10,5 milliards au premier.
Exportations horlogères : les États-Unis en tête des hausses
Selon les données de la FH, les envois de montres vers les États-Unis ont augmenté de 85,7 % en septembre. Le Japon (+12,3 %) et Hong Kong (+3,0 %) progressent aussi, alors que la plupart des autres marchés du top 10 reculent. La Chine (−14,2 %) et le Royaume-Uni (−5,2 %) ont pâti, selon la FH, d'un effet de base défavorable. Singapour (−8,3 %) et les Émirats arabes unis (−9,0 %) sont également en baisse.
Pour l'Union européenne, qui affiche une progression de 15,5 % dans son ensemble, la FH appelle à la prudence. Elle relève que « la situation atypique observée en France (+128,2 %) pourrait en effet refléter des transferts de flux entre marchés, au détriment d'autres pays de la région ».
Par gamme de prix, les garde-temps dont le prix export dépasse 3000 francs gagnent 9,9 % et contribuent nettement à la hausse globale. Tous les autres segments progressent aussi, en particulier les montres à moins de 500 francs (+39,5 %). En valeur, la croissance tient surtout aux montres bimétalliques (+29,3 %) et aux modèles en acier (+13,0 %). En volume, les montres en acier (+21,5 %) et celles faites d'autres matières (+17,9 %) représentent ensemble 81 % des pièces exportées. Au total, quelque 228'000 montres de plus ont été exportées.
Ce que les chiffres ne disent pas encore
Les deux publications ne portent pas sur le même périmètre. Les chiffres de l'OFDF couvrent l'ensemble du commerce extérieur, avec des variations mensuelles et trimestrielles. Ceux de la FH concernent la seule horlogerie et sont détaillés par marché. Aucune des deux ne se prononce sur les droits de douane américains. La FH explique le +85,7 % vers les États-Unis par un effet de base, c'est-à-dire par une période de comparaison particulièrement faible. Ce chiffre ne mesure donc pas, à lui seul, une reprise durable de la demande américaine ni l'effet d'une politique commerciale.
Jean-Philippe Bertschy, analyste de la banque Vontobel, appelle lui aussi à la prudence : pour lui, ces chiffres « incitent tout de même à la prudence ». Dans une note, il souligne que « les troubles qui persistent en France et en Italie ajoutent à l'incertitude concernant la consommation locale et le tourisme sur ces deux marchés qui, ensemble, représentent la deuxième destination d'exportation en importance ».
En Chine, un marché avec lequel la Suisse a conclu les négociations pour optimiser l'accord de libre-échange de 2014, le nouveau recul renforce selon lui le tableau prudent de la demande. Il note cependant les premiers signes de renouvellement des commandes chez les fournisseurs, « ce qui pourrait indiquer un regain de confiance parmi les marques ». Il continue de tabler sur une divergence entre les grandes maisons horlogères et l'ensemble du marché.




