Dans l'administration fédérale, l'usage de l'intelligence artificielle (IA) est coordonné par la Chancellerie fédérale. Son réseau de compétences en IA sert de « guichet unique » aux services de la Confédération et s'appuie sur sept pôles thématiques. Le plan d'action Suisse numérique recense en parallèle une stratégie IA, son plan de mise en œuvre et des projets comme l'IA dans la bureautique.

Cette page traite du seul usage de l'IA par les services fédéraux. Le cadre général, qui vaut aussi pour les entreprises, est présenté dans notre page sur la régulation de l'IA en Suisse.

Chiffres clés

  • 7 pôles de compétences thématiques entourent le point de contact de la Chancellerie fédérale.
  • 4 mois : rythme auquel le point de contact et les pôles fixent leurs lots de travaux.
  • 12 décembre 2025 : date du concept sur la coordination de l'IA dans l'administration fédérale.
  • 130 mesures figurent dans le tableau du plan d'action Suisse numérique, consulté le 28 octobre 2026.
  • 2030 : année associée au plan de mise en œuvre de la stratégie IA de l'administration fédérale.

Qui coordonne l'IA dans l'administration fédérale ?

La coordination revient au secteur Transformation numérique et gouvernance de l'informatique (TNI) de la Chancellerie fédérale. Selon la page du réseau publiée par la Chancellerie, ce secteur abrite le point de contact central du réseau de compétences en IA.

La Chancellerie décrit ce réseau comme la « plaque tournante » de l'IA dans l'administration fédérale. Il s'adresse aux collaborateurs et aux unités administratives qui cherchent des connaissances, des repères, des échanges ou un soutien.

D'après la même page, le point de contact assume cinq tâches :

  • coordonner la mise en œuvre de la stratégie IA ;
  • répondre aux demandes internes et externes sur l'usage de l'IA dans l'administration fédérale ;
  • gérer le réseau et assurer la coordination entre ses membres ;
  • fournir information et documentation sur l'usage des systèmes d'IA, et développer la banque de données des projets ;
  • rendre compte des activités du réseau, organiser des événements communs et des espaces d'échange.

Comment fonctionne le réseau de compétences en IA ?

Le savoir spécialisé vient de sept pôles de compétences, rattachés chacun à une unité administrative. La Chancellerie les répartit ainsi :

  • Stratégie et gouvernance : secteur TNI de la Chancellerie fédérale ;
  • Outils et plateformes : secteur TNI de la Chancellerie fédérale ;
  • Acquisitions : Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL) ;
  • Formation continue et culture : Office fédéral du personnel (OFPER) ;
  • Droit et réglementation : service juridique de la Chancellerie, avec l'Office fédéral de la justice (OFJ) et l'Office fédéral de la communication (OFCOM) ;
  • Sécurité de l'information et cybersécurité : Secrétariat d'État à la politique de sécurité (SEPOS), avec l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) et le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) ;
  • Science des données : pôle de compétences en science des données de l'Office fédéral de la statistique (OFS).

Chaque pôle a un interlocuteur unique et dirige un groupe de travail sur son thème. Tous les quatre mois, lors d'une planification commune, le point de contact et les pôles définissent des lots de travaux concrets. La Chancellerie y voit le moyen de garder des solutions axées sur la pratique.

Tous les offices fédéraux et unités administratives sont invités à rejoindre le réseau. Leurs collaborateurs peuvent entrer dans la communauté IA de la Confédération, un espace interne d'échange de connaissances, ou dans un groupe de travail thématique.

Quelles règles encadrent l'usage de l'IA par les services fédéraux ?

La page du réseau renvoie à plusieurs textes de référence, sans en reproduire le contenu :

  • l'ordonnance sur les services numériques et la transformation numérique dans l'administration fédérale ;
  • le concept visant à développer la coordination pour l'utilisation de l'IA dans l'administration fédérale, daté du 12 décembre 2025 ;
  • un communiqué intitulé « Utilisation de l'intelligence artificielle dans l'administration fédérale : la Confédération prévoit des mesures ciblées et renforce la coordination ».

Le droit de la protection des données s'applique aussi. Le PFPDT veille à ce que les organes fédéraux ne traitent pas de données personnelles de manière illicite. Dans sa note du 24 septembre 2025, il rappelle que ce droit vaut directement pour les traitements recourant à l'IA.

La sécurité forme le second volet. Le 16 octobre 2026, l'OFCS rappelait qu'introduire sans précaution des informations confidentielles dans une IA peut exposer ces données. Cet office est associé au pôle sécurité du réseau.

Notre analyse : les sources consultées ne publient ni liste d'outils d'IA autorisés ni interdiction d'un service précis pour les agents fédéraux. Le pôle « Outils et plateformes » existe, mais ses choix ne sont pas détaillés publiquement.

Quels projets d'IA la Confédération mène-t-elle ?

Le plan d'action Suisse numérique, publié par la Confédération sur digital.admin.ch, recense 130 mesures, chacune avec un département ou un acteur responsable et une année. Une dizaine concernent directement l'IA :

MesureResponsableAnnée indiquée
Stratégie pour l'utilisation de systèmes d'IA dans l'administration fédéraleChancellerie fédérale, secteur TNI2025
Plan de mise en œuvre de cette stratégieChancellerie fédérale, secteur TNI2030
Utilisation de l'IA dans la bureautiqueChancellerie fédérale, secteur TNI2026
Proposition pour renforcer la coordination du recours à l'IA dans l'administration fédéraleOffice fédéral de la statistique2025
« CFC-Copilot » pour les collaborateursContrôle fédéral des finances2024
État des lieux IAOffice fédéral de la communication2025
Suivi des lignes directrices de l'IAOffice fédéral de la communication2024
Projet législatif de mise en œuvre de la Convention-cadre du Conseil de l'Europe sur l'IAOffice fédéral de la justice2026
Mesures non contraignantes liées à cette conventionOffice fédéral de la communication2026
Déploiement de SwissGPTAlpineAI, acteur externe à l'administration2030

Les quatre premières lignes portent sur le fonctionnement interne de l'administration. L'intitulé « Utilisation de l'IA dans la bureautique » renvoie aux logiciels de bureau des agents, mais la page n'en détaille pas le contenu.

La convention visée est la Convention-cadre du Conseil de l'Europe sur l'intelligence artificielle et les droits de l'homme, la démocratie et l'État de droit. Le tableau confie le projet législatif correspondant à l'OFJ, sans en préciser la portée.

Que montre l'exemple suédois du 28 octobre 2026 ?

Le 28 octobre 2026, TechRadar Pro, dans son édition française, rapporte que la Suède interdit ChatGPT, l'assistant d'OpenAI, et Claude, celui d'Anthropic, pour le travail gouvernemental. Le site s'appuie sur Cybernews. Les deux outils restent permis dans des environnements approuvés.

Microsoft Copilot, l'assistant de Microsoft, reste utilisable, avec des contrôles de sécurité renforcés. Selon le gouvernement cité par TechRadar Pro, un nombre limité d'employés gardera ChatGPT et Claude via une « plateforme spéciale pour les assistants IA ».

La mesure suit un examen, mené plus tôt en 2026, des outils d'IA utilisés à l'Administration suédoise des transports. Il a relevé des usages jugés « problématiques » dans des missions officielles. Mikael Wettercrantz, présenté comme directeur des systèmes d'information, évoque des « conséquences sur la sécurité de l'information en Suède ».

Le risque décrit par l'article est précis. Sans contrat d'entreprise, des données confidentielles saisies dans un chatbot peuvent être transmises au fournisseur, puis conservées. Selon les conditions applicables, elles peuvent même servir à entraîner les modèles. L'absence d'accord complique aussi les audits.

La Suède avait déjà interdit DeepSeek, l'assistant d'IA chinois, pour les usages gouvernementaux, comme plusieurs autres pays, au nom de la confidentialité des données.

Notre analyse : l'approche suédoise désigne des outils autorisés et en exclut d'autres. Les sources suisses consultées décrivent surtout une organisation : un point de contact, des pôles, une stratégie et des projets. Le risque de fuite de données y est traité par un pôle dédié, qui associe l'OFCS et le PFPDT.

Ce que cela change pour une entreprise ou un citoyen en Suisse

Le point de contact répond aussi aux demandes externes. Une entreprise, un chercheur ou un citoyen peut écrire à ia@bk.admin.ch. L'adresse postale est celle du secteur TNI, Monbijoustrasse 91, 3003 Berne.

Pour une petite ou moyenne entreprise (PME) qui vend des solutions d'IA, le pôle Acquisitions compte. Il est rattaché à l'OFCL. Notre analyse : c'est un interlocuteur logique sur les achats d'IA de la Confédération, mais la page ne publie pas de critères d'achat.

Les organisations qui rédigent leurs propres règles d'usage trouvent d'autres modèles. Le 12 octobre 2026, cinq Églises et organisations chrétiennes de Suisse ont publié dix lignes directrices sur l'IA. Les autres textes du cadre légal de l'IA sont regroupés dans notre rubrique.

Ce qu'on ne sait pas encore

  • Le contenu de la stratégie IA de l'administration fédérale et de son plan de mise en œuvre : les pages consultées n'en donnent que le titre.
  • Les outils d'IA que les agents fédéraux peuvent utiliser, et ceux qui leur seraient interdits.
  • La date et le détail du communiqué qui annonce des « mesures ciblées ».
  • Le sens exact de l'année associée à chaque mesure du plan d'action Suisse numérique, que la page ne précise pas.
  • Le nombre de projets inscrits dans la banque de données gérée par le point de contact.
  • Côté suédois, le périmètre exact de l'interdiction : TechRadar Pro l'attribue au gouvernement, tout en citant un examen mené à l'Administration suédoise des transports.

Dans ce dossier

Sources