Confier un achat à un agent d’intelligence artificielle qui cherche, compare, négocie et paie à la place du client : c’est la promesse du commerce dit « agentique ». Six banques ont publié en septembre 2026 un document qui propose à l’ensemble du secteur cinq principes communs pour encadrer cette pratique : transparence, sécurité, protection de la vie privée et des données, choix, et interopérabilité. Le texte a été présenté par Fintechnews Switzerland.
Qui signe, et quel est le statut du texte
Le document est cosigné par ASB Bank, Bank of America, Capital One, Commonwealth Bank of Australia, ING Group et NatWest Group. Il s’agit d’un document de réflexion d’acteurs privés : selon le compte rendu, ses auteurs estiment que l’industrie « devrait adopter » ces principes pour que l’écosystème fonctionne de manière sûre et efficace pour tous les participants.
Il faut donc le lire pour ce qu’il est. Ce n’est ni une loi, ni une norme technique, ni une décision d’une autorité de surveillance. Rien dans le compte rendu n’indique qu’il crée une obligation, y compris pour ses signataires, et la source ne mentionne ni calendrier de mise en œuvre ni mécanisme de contrôle. Ses auteurs le destinent à plusieurs publics : les fournisseurs d’agents d’IA, les plateformes technologiques, les réseaux et prestataires de paiement, mais aussi les associations professionnelles et les régulateurs, qui pourraient s’en servir pour « informer les discussions » sur la gouvernance, la protection des consommateurs et le développement du marché. Une contribution au débat, donc, et non sa conclusion.
Les cinq principes en détail
- Transparence. Toutes les parties devraient savoir quand un agent d’IA participe à une transaction et pour le compte de qui il agit. Consommateurs et commerçants devraient comprendre comment l’agent classe les options et prend ses décisions, ainsi que la manière dont leurs données sont collectées et utilisées. Le document signale aussi des risques de conflits d’intérêts.
- Sécurité. Le texte anticipe davantage d’arnaques, de fraudes et de litiges, et des attentes divergentes sur le produit acheté ou sur la responsabilité lorsqu’un agent dépasse son mandat. Il recommande des méthodes sécurisées et auditables pour saisir les données de paiement et autoriser les achats, et demande que le consommateur puisse consulter et gérer les délégations accordées à un agent.
- Vie privée et données. Requêtes conversationnelles, journaux de décision, mandats d’intention, détails d’achat : le commerce agentique produit de nouvelles données. Les prestataires devraient conserver des traces auditables des instructions, de l’authentification et des décisions, n’accéder qu’aux données nécessaires, et soumettre tout usage ou partage supplémentaire au consentement.
- Choix. Le document met en garde contre les restrictions d’accès aux plateformes et l’obligation d’utiliser des services affiliés. Consommateurs et commerçants devraient choisir leurs services sans restriction déraisonnable, et l’identité du commerçant responsable de la vente devrait être claire.
- Interopérabilité. La fragmentation entre agents, moyens de paiement et protocoles risque de réduire les effets de réseau et de renchérir l’intégration. Les auteurs proposent de bâtir une connectivité commune pour les fonctions de base, tout en laissant de la marge à l’innovation sur les services à valeur ajoutée.
Ce que les principes engagent, et ce qu’ils laissent ouvert
À la lecture, le document décrit des objectifs plus que des moyens. Il parle de standards de sécurité et de protection des données « appropriés » sans les nommer, et de consentement sans préciser sa forme. La question de la responsabilité quand un agent outrepasse son autorité est identifiée comme un risque, mais le compte rendu ne rapporte aucune règle de répartition proposée.
Le texte ménage aussi une marge pour les prestataires eux-mêmes : ils devraient pouvoir choisir les services agentiques qu’ils acceptent, en fonction de critères de sécurité, de viabilité commerciale et de motifs juridiques. Le principe de choix vaut donc dans les deux sens, ce qui laisse aux banques et aux réseaux de paiement une latitude importante.
Et la Suisse ?
Aucune banque suisse ne figure parmi les signataires, et la source ne dit rien de l’articulation de ces principes avec le droit suisse de la protection des données ou avec les règles applicables aux paiements en Suisse. Aucune réaction d’une autorité suisse n’est rapportée. Il n’est donc pas possible, à partir des informations disponibles, de dire si ces principes vont au-delà des obligations déjà en vigueur, les recoupent ou s’en écartent.
Sur le fond, plusieurs thèmes du document, comme le consentement, la minimisation des données ou la traçabilité des autorisations de paiement, touchent à des domaines où le droit pose souvent déjà des exigences. C’est précisément là que se jouera leur portée réelle : un principe volontaire n’a d’effet que s’il s’ajoute à ce que le droit exige, ou s’il aide à l’interpréter.
Un marché encore émergent
Le commerce agentique reste à un stade précoce, rappelle la source, même si des acteurs développent déjà des protocoles pour que les agents gèrent la découverte de produits, la décision et la transaction. Selon une étude de McKinsey citée dans l’article, il pourrait orchestrer de 3000 à 5000 milliards de dollars du commerce de détail mondial entre entreprises et consommateurs d’ici à 2030.
En Europe, une enquête menée en 2025 auprès de consommateurs en France, en Allemagne et au Royaume-Uni indique que 84 % utilisent des outils d’IA au quotidien, et 38 % pour se renseigner sur des produits ou décider d’un achat. L’usage reste surtout situé en amont de la transaction : 63 % s’en servent pour comparer marques, modèles, prix et avis, 55 % pour se renseigner sur une catégorie ou un produit, et 46 % pour découvrir de nouveaux produits et trouver l’inspiration. Le paiement délégué à un agent, que visent ces principes, n’est donc pas encore l’usage dominant.
À noter enfin : l’article de Fintechnews Switzerland ne renvoie pas directement au document des six banques. Les citations et le détail des principes reprennent ce compte rendu, et non le texte primaire.


