La Corée du Nord aurait dérobé environ 9,6 milliards de dollars en cryptomonnaies depuis 2019. Le chiffre vient d’unfolded, un compte spécialisé dans les données crypto, qui a publié son décompte le 30 octobre 2026, selon le Journal du Coin. Le piratage de Binance du 29 octobre 2026 pèse à lui seul les deux tiers de ce total. Sans lui, les vols attribués à Pyongyang retombent à 3,2 milliards de dollars sur six ans.
Binance, la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde, a perdu environ 6,3 milliards de dollars selon ses propres chiffres, comme le détaille notre article sur le piratage de Binance.
Pourquoi Binance écrase-t-il le bilan nord-coréen ?
Un seul vol dépasse les plus gros piratages de l’histoire du secteur réunis. Selon le Journal du Coin, les neuf plus gros piratages crypto réunis, de Mt. Gox à FTX en passant par Bybit, totalisent 5,4 milliards de dollars. Le vol subi par Binance dépasse ce total d’environ un milliard.
Le montant exact dépend de qui compte. La société d’analyse de la blockchain Chainalysis retient 6,4 milliards de dollars, sa concurrente TRM Labs 6,36 milliards, et Binance environ 6,3 milliards, toujours selon le Journal du Coin. L’écart reste faible au regard du total.
Jusqu’en octobre 2026, le record appartenait à Bybit, une autre plateforme d’échange. Le vol de février 2025 y avait atteint environ 1,5 milliard de dollars, rappelait 2clics dans son article sur Binance.
Quels piratages crypto sont attribués à la Corée du Nord depuis 2019 ?
Le tableau d’unfolded s’appuie sur DefiLlama, Chainalysis, le FBI et des firmes de sécurité. Le Journal du Coin en cite les principales cibles et leurs montants.
| Année | Cible | Montant cité | Qui attribue |
|---|---|---|---|
| 2019 | Plateforme d’échange Upbit | 49 millions de dollars | Décompte d’unfolded |
| 2022 | Pont Ronin du jeu Axie Infinity | 624 millions de dollars | Décompte d’unfolded |
| 2025 | Plateforme d’échange Bybit | 1,4 milliard de dollars selon DefiLlama, environ 1,5 milliard selon le FBI | FBI |
| 2026 | Protocole Drift | 295 millions de dollars | Firmes de sécurité |
| 2026 | Protocole Kelp DAO | 293 millions de dollars | Décompte d’unfolded |
| 2026 | Plateforme d’échange Bitget | 387 millions de dollars | Firmes de sécurité |
| 2026 | Plateforme d’échange Binance | 6,3 à 6,4 milliards de dollars selon les estimations | Firmes de sécurité |
La liste d’unfolded compte aussi le pont Harmony en 2022 et le portefeuille Atomic Wallet en 2023. L’année 2026 marque une nette accélération : Drift, Kelp DAO, Bitget puis Binance sont tous tombés cette année.
Comment opèrent les pirates nord-coréens ?
Chez Binance, les pirates ont visé les portefeuilles connectés, ou hot wallets. Ces portefeuilles servent aux retraits courants des clients d’une plateforme. Comme point d’entrée, l’entreprise évoque l’ordinateur compromis d’un ingénieur DevOps, chargé de l’exploitation des systèmes. Aucune clé privée n’aurait fuité, selon elle.
La vitesse fait partie de la méthode. D’après TRM Labs, cité par le Journal du Coin, l’essentiel du butin de Binance est parti en une vingtaine de minutes.
Le blanchiment suit immédiatement. Le FBI, la police fédérale américaine, l’a décrit dans son avis public du 26 février 2025 sur Bybit. Les pirates y convertissaient une partie des fonds en bitcoins et en autres actifs virtuels. Ils les dispersaient ensuite sur des milliers d’adresses, sur plusieurs blockchains. Le FBI s’attendait à une conversion finale en monnaie classique.
Le scénario Binance suit le même schéma, selon le Journal du Coin :
- des centaines de millions d’USDT convertis en ethers sur la plateforme décentralisée Uniswap ;
- environ 19’760 ethers empruntés sur le protocole de prêt Aave ;
- 18’270 bitcoins fractionnés en petites sommes successives, une technique appelée peel chain ;
- les premiers fonds passés par le protocole THORChain, déjà utilisé après Bybit.
Le précédent Bybit donne l’échelle de temps. Il avait fallu une dizaine de jours aux pirates pour blanchir l’essentiel des ethers volés, en grande partie via THORChain, rappelle le Journal du Coin.
Qui attribue ces vols à Pyongyang ?
Pour Bybit, l’attribution est officielle. Dans son avis du 26 février 2025, le FBI déclare la Corée du Nord responsable du vol d’environ 1,5 milliard de dollars, commis vers le 21 février 2025. Il nomme cette activité TraderTraitor. Il appelle les plateformes d’échange, les ponts, les services de finance décentralisée et les sociétés d’analyse à bloquer les transactions liées aux adresses des pirates.
Pour Binance, seules des firmes privées se sont prononcées. Chainalysis attribue l’attaque à TraderTraitor, une cellule nord-coréenne liée au groupe Lazarus. Son argument : des fonds volés à Bitget et à Binance se sont mêlés sur une adresse commune. TRM Labs conclut de même « avec un haut degré de confiance », selon le Journal du Coin.
Elliptic, autre société d’analyse, se montre plus prudente. Elle juge l’attribution « probable », car le recoupement ne porte que sur 39’000 dollars de fonds de Binance. Aucun gouvernement n’a confirmé, et le FBI ne s’est pas exprimé. Unfolded précise lui-même que, pour Binance, Bitget et Drift, l’attribution vient des firmes de sécurité. Drift pourrait relever d’une unité nord-coréenne distincte de Lazarus.
Quelle part du butin a pu être bloquée ?
Les émetteurs de stablecoins ont gelé une part importante des fonds de Binance, selon le Journal du Coin :
- Tether : environ 1,77 milliard d’USDT ;
- Circle : 823 millions d’USDC ;
- Ripple : 40,5 millions de RLUSD ;
- World Liberty Financial : 27,8 millions d’USD1 ;
- le conseil de sécurité du réseau Arbitrum : 8’426 ethers.
Elliptic compte 2,84 milliards de dollars figés, soit 44 % du butin. Binance avance 3 milliards. Elliptic estime encore 3,3 milliards de dollars hors d’atteinte, répartis sur une quarantaine d’adresses. Un gel n’est pas une restitution : les fonds bloqués doivent encore être rendus par une opération distincte.
Sécurité des exchanges : que demande la Suisse aux prestataires crypto ?
En Suisse, plusieurs règles existantes encadrent les prestataires crypto. Elles portent sur la conservation, la traçabilité des transferts et les sanctions.
Le 12 janvier 2026, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a publié sa communication sur la surveillance 01/2026, qui précise comment elle évalue la conservation des cryptoactifs. Elle y décrit les risques liés à la conservation du bitcoin ou de l’ether, issus des registres distribués. Leur maîtrise exige, selon la FINMA, « des connaissances spécifiques et une infrastructure technique robuste ».
Le recours à un dépositaire étranger ne décharge pas l’établissement suisse. La FINMA exige des prestataires surveillés de manière adéquate, en Suisse comme à l’étranger, et des règles claires de protection en cas de faillite. Les cryptoactifs des clients ne doivent pas tomber dans la masse en faillite du dépositaire. La responsabilité incombe toujours à l’établissement autorisé.
La traçabilité passe par la travel rule de la FINMA. Sa communication 02/2019 soumet les transferts de cryptos aux mêmes règles d’information qu’un virement. Faute de système de transmission sur la blockchain, un établissement surveillé ne peut envoyer des cryptos qu’aux portefeuilles externes de ses propres clients identifiés.
Le premier niveau reste la loi sur le blanchiment d’argent (LBA). La mise à disposition de wallets et le négoce de monnaies virtuelles y sont soumis, avec affiliation à un organisme d’autorégulation. Accepter des actifs cryptographiques du public peut relever de la licence Fintech. Le détail figure dans notre page sur l’autorisation FINMA crypto.
Les sanctions contre la Corée du Nord s’appliquent aussi. Le Conseil fédéral a arrêté des mesures de coercition le 25 octobre 2006, en raison du programme nucléaire nord-coréen. L’ordonnance du 18 mai 2016 (RS 946.231.127.6) les regroupe, selon le Secrétariat d’État à l’économie (SECO). Elle prévoit le gel des avoirs et ressources économiques et l’obligation de déclarer les avoirs gelés. Elle interdit aussi les opérations financières liées aux programmes nucléaires et de missiles. La page du SECO ne mentionne pas spécifiquement les cryptoactifs.
Ce que ça change pour un client en Suisse
Le premier réflexe consiste à vérifier qui détient ses cryptos. Binance affirme ne pas avoir de siège central fixe. Depuis début 2026, son activité mondiale passe surtout par des sociétés surveillées à Abu Dhabi, rappelait finews.ch, cité par 2clics. Pour un client en Suisse, c’est donc une plateforme étrangère.
Un établissement autorisé ne supprime pas tout risque. En cas de faillite d’un établissement Fintech, les fonds des clients ne sont ni privilégiés ni couverts par la garantie des dépôts. La FINMA publie deux rubriques à consulter avant d’ouvrir un compte : « Entreprises autorisées » et « Alertes ». Notre article sur la liste d’alerte de la FINMA en explique l’usage ; elle n’est ni exhaustive ni toujours à jour.
Une promesse de remboursement reste une déclaration de la plateforme. Binance s’engage à couvrir les pertes avec son fonds de réserve SAFU et ses fonds propres. Aucun tiers ne garantit cet engagement. Le cadre général est résumé dans notre page FINMA et cryptomonnaies.
Ce qu’on ne sait pas encore
- L’attribution officielle du vol de Binance : le FBI, qui avait désigné TraderTraitor pour Bybit en cinq jours, ne s’est pas prononcé.
- Le sort des 3,3 milliards de dollars encore hors d’atteinte selon Elliptic, et la restitution des fonds gelés à Binance.
Sources
- Journal du Coin : Hacks crypto, la Corée du Nord a volé 9,6 milliards de dollars depuis 2019
- FBI (IC3) : North Korea Responsible for $1.5 Billion Bybit Hack, avis du 26 février 2025
- FINMA : communication sur la conservation de cryptoactifs, 12 janvier 2026
- SECO : mesures à l’encontre de la Corée du Nord




