UBS, la plus grande banque suisse, qui a repris Credit Suisse en 2023, compte 608 cas d’usage de l’intelligence artificielle (IA) en production, soit 81 % de plus qu’un an plus tôt. Plus de 1090 autres applications sont en développement, et ses employés font tourner plus de 12'700 agents IA personnels. Ces chiffres accompagnent les résultats du troisième trimestre 2026, publiés le 28 octobre 2026, selon Fintechnews Switzerland le 2 novembre 2026. Ils donnent une mesure rare de l’IA en banque à l’échelle d’un grand établissement suisse.

Que recouvrent les chiffres d’UBS sur l’IA ?

Les chiffres décrivent l’état du déploiement au troisième trimestre 2026, de juillet à septembre. Fintechnews Switzerland rapporte les chiffres suivants :

  • 608 cas d’usage de l’IA en production, en hausse de 81 % sur un an ;
  • plus de 1090 applications en cours de développement ;
  • neuf grandes initiatives d’IA dites « de bout en bout » ;
  • plus de 12'700 agents IA personnels utilisés par les employés ;
  • plus de 18'000 développeurs qui se servent d’outils d’IA pour écrire du logiciel.

Un dernier chiffre porte sur un outil précis. Depuis le début de l’année 2026, l’outil interne STAAT a produit plus de 30 millions d’analyses, transmises aux équipes de conseillers financiers. Il s’agit d’un volume de recommandations générées, pas d’une mesure de leur usage par les conseillers ni de leur effet pour les clients.

Ces chiffres sont publiés par la banque elle-même. Ceux que rapporte Fintechnews Switzerland ne donnent ni la définition d’un « cas d’usage » ou d’un « agent personnel », ni la part des outils tournés vers les clients plutôt que vers le travail interne.

Comment l’usage de l’IA a-t-il évolué chez UBS ?

La progression est forte en un an. Selon Evident Insights, la plateforme qui publie l’Evident AI Index, UBS avait lancé plus de 300 cas d’usage de l’IA en 2025. Ce chiffre a été rapporté par 2clics le 21 octobre 2026, lors du classement Evident de maturité IA, où UBS occupe la sixième place mondiale et reste la seule banque européenne du top 10.

Le déploiement s’appuie aussi sur la formation. D’après la même étude, plus de 49'000 employés se sont inscrits depuis 2024 à des cours en ligne sur l’IA. En juillet 2026, plus de 21'000 personnes, soit 28 % de l’effectif, avaient terminé le programme interne « UBS AI Citizen ».

Qu’attend UBS de l’intelligence artificielle ?

La banque avance trois objectifs. Selon Fintechnews Switzerland, UBS dit investir dans la technologie, dont l’IA, pour améliorer l’expérience client, renforcer son infrastructure et gagner en efficacité.

Les gains annoncés restent ponctuels et déclaratifs. Pour son service juridique, UBS utilise Harvey, une plateforme d’IA qui rédige, résume et relit des documents juridiques. Selon la banque, citée dans l’étude d’Evident, elle permet d’économiser au moins 1 million de dollars, et 1 million de plus en 2026 en rapatriant des travaux confiés à l’extérieur. Aucun chiffre global d’économies liées à l’IA n’accompagne les 608 cas d’usage.

Le cas des 18'000 développeurs appelle une nuance. Une étude associée à Harvard, présentée par 2clics le 18 octobre 2026, mesure 20 à 30 % de code en plus avec l’IA, sans hausse significative des logiciels terminés. La revue humaine du code y devient le goulot d’étranglement : le délai de revue passe de 7,03 à 10,48 jours en moyenne. Rien n’indique si UBS observe le même effet.

UBS face aux autres établissements suisses : quel écart ?

UBS se situe très au-dessus de la moyenne du secteur. L’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a interrogé environ 400 établissements autorisés entre fin novembre 2024 et mi-janvier 2025. Selon son communiqué du 24 avril 2025, environ la moitié utilisaient l’IA ou développaient leurs premières applications.

IndicateurUBS (3e trimestre 2026)Établissements sondés par la FINMA (fin 2024 à début 2025)
Applications d’IA en usage608 en productionenviron 5 en moyenne
Applications en développementplus de 1090environ 9 en moyenne
SourceUBS, via Fintechnews SwitzerlandEnquête FINMA, communiqué du 24 avril 2025

La comparaison est indicative. Les périodes diffèrent, et la moyenne de la FINMA porte sur les seuls répondants qui utilisent l’IA, banques, assureurs et gestionnaires confondus. Selon la FINMA, 91 % de ces utilisateurs recourent à l’IA générative, et les plus petits établissements s’appuient souvent sur des applications développées à l’extérieur. Pour une PME, l’enjeu ressemble à celui que décrit un rapport d’OpenAI sur les agents IA dans les PME européennes : coût, outils adaptés et compétences.

Quel cadre la FINMA fixe-t-elle à l’IA en banque ?

Il n’existe pas de règle propre à l’IA pour les banques suisses. La FINMA a publié le 18 décembre 2024 une communication sur la gouvernance et la gestion des risques liés à l’IA. Elle y recense les risques : risques de modèle (manque de robustesse, d’exactitude, d’explicabilité, biais), risques liés aux données, risques informatiques et cyber, dépendance envers des tiers, risques juridiques et de réputation.

Ce texte décrit des attentes, pas une obligation nouvelle. La FINMA y constatait que la plupart des établissements en étaient encore aux premiers stades, avec une gouvernance en construction. Son principe, rappelé en avril 2025, est « same business, same risks, same rules » : la même activité appelle les mêmes règles, quelle que soit la technologie. La FINMA recommande aussi aux établissements de la contacter à temps s’ils prévoient l’IA dans des processus critiques. La page FINMA et intelligence artificielle détaille la portée de cette communication.

Notre analyse : pour un client en Suisse, la banque reste son interlocuteur, quel que soit l’outil d’IA employé. Avec 12'700 agents personnels, la question du contrôle de chacun d’eux devient concrète pour UBS comme pour son autorité de surveillance.

L’IA change-t-elle l’emploi chez UBS ?

Les documents de résultats ne relient pas l’IA à l’emploi. Le rapport du troisième trimestre 2026, déposé le 28 octobre 2026 auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’autorité boursière américaine, compte 97'593 équivalents plein temps internes au 30 septembre 2026, contre 104'427 au 30 septembre 2025.

Cette baisse intervient pendant l’intégration de Credit Suisse, que le rapport décrit en détail. Au 30 septembre 2026, environ 98 % des anciennes applications informatiques de Credit Suisse à supprimer n’étaient plus utilisées. Selon un précédent article de 2clics sur les résultats d’UBS au troisième trimestre, la banque a supprimé environ 20'000 postes dans le monde depuis 2023 et en compte 34'000 en Suisse. Le rapport n’attribue aucune de ces suppressions à l’IA. Sur l’emploi dans l’IA en Suisse au-delà d’UBS, 2clics a publié une analyse distincte.

Chiffres clés

  • 608 cas d’usage de l’IA en production chez UBS au troisième trimestre 2026, +81 % sur un an ;
  • plus de 1090 applications d’IA en développement ;
  • plus de 12'700 agents IA personnels utilisés par les employés ;
  • plus de 18'000 développeurs équipés d’outils d’IA ;
  • plus de 30 millions d’analyses produites par l’outil STAAT depuis le début de 2026 ;
  • environ 400 établissements sondés par la FINMA fin 2024 et début 2025, dont environ la moitié utilisaient l’IA ou s’y préparaient.

Ce qu’on ne sait pas encore

  • La part des 608 cas d’usage qui touche directement les clients, et celle qui sert le travail interne.
  • Les économies totales qu’UBS attribue à l’IA : la banque ne cite que des gains ponctuels, comme ceux de Harvey.
  • La manière dont les 12'700 agents personnels sont encadrés et contrôlés.

Sources

  • Fintechnews Switzerland : « UBS Grows Live AI Use Cases to 608 as Staff Run 12,700 Agents » (2 novembre 2026)
  • UBS Group AG : rapport du troisième trimestre 2026, formulaire 6-K déposé auprès de la SEC (28 octobre 2026)
  • FINMA : communiqué « FINMA guidance on governance and risk management when using artificial intelligence » (18 décembre 2024)
  • FINMA : communiqué « FINMA survey: artificial intelligence gaining traction at Swiss financial institutions » (24 avril 2025)
  • Articles de 2clics.com cités dans le texte (classement Evident, cadre FINMA, résultats d’UBS au troisième trimestre 2026, revue du code, agents IA en Europe)