En Suisse, 42 % des personnes interrogées pour l'étude sur la santé 2026 du groupe d'assurance maladie CSS ont soumis leurs symptômes à un chatbot d'intelligence artificielle (IA) au cours de l'année écoulée. Un an plus tôt, elles étaient 20 %. Menée par l'institut de recherche Sotomo auprès de 2459 personnes, l'enquête a été relayée le 3 novembre 2026 par le site spécialisé Inside IT. Elle décrit l'IA comme une source d'information santé de plus, pas comme un substitut au médecin.
Comment l'étude CSS sur la santé a-t-elle été menée ?
L'étude sur la santé CSS paraît chaque année depuis 2020. Selon la page de présentation de la CSS, cette huitième édition repose sur un sondage de l'institut Sotomo auprès de 2459 personnes en Suisse romande, en Suisse alémanique et au Tessin.
La question porte sur un usage déclaré. Les personnes interrogées indiquent si elles se sont adressées à un chatbot pour interpréter leurs symptômes durant l'année précédente. Notre lecture : une seule utilisation suffit à entrer dans les 42 %, et le chiffre ne dit rien de la fréquence ni de la gravité des symptômes.
La page de la CSS ne précise ni la période du sondage, ni son mode de collecte, ni sa marge d'erreur. Elle ne nomme pas non plus les chatbots utilisés. Le rapport complet est proposé en PDF sur la même page.
Qui interroge un chatbot sur sa santé ?
La hausse touche toutes les classes d'âge, selon Inside IT. Les jeunes adultes sont les plus nombreux (62 %). Chez les plus de 65 ans, la part a triplé en un an, de 10 % à 30 %.
| Groupe | Étude 2026 | Étude précédente |
|---|---|---|
| Ensemble des personnes interrogées | 42 % | 20 % |
| Jeunes adultes | 62 % | – |
| Plus de 65 ans | 30 % | 10 % |
Les symptômes ne sont pas le seul motif. D'après Inside IT, 32 % des sondés ont utilisé au moins une fois un chatbot pour des questions de mode de vie, comme l'alimentation, l'activité physique ou la pleine conscience. Ils sont 14 % à y avoir cherché un soutien pour des difficultés émotionnelles ou psychiques.
Ce soutien psychique concerne surtout les plus jeunes. Il touche 22 % des moins de 36 ans et 28 % des personnes dont l'état psychique est actuellement fragile.
Utiliser un chatbot, est-ce lui faire confiance ?
Non, et l'étude sépare les deux. Plus d'un quart des personnes interrogées (28 %) placent les chatbots parmi leurs principales sources d'information en cas de symptômes physiques. Mais, selon Inside IT, ils ne remplacent ni les médecins ni l'entourage. Les sondés y voient plutôt une source d'information complémentaire.
Le sentiment d'être compris ne mesure pas la qualité des réponses. Parmi les personnes qui ont utilisé un chatbot à titre privé, 60 % se sont senties le plus souvent bien comprises, et un quart plutôt pas. Ce résultat décrit une perception. L'étude ne vérifie pas si les informations reçues étaient exactes.
Le chiffre sur la solitude demande aussi de la précision. La page de la CSS retient que 27 % des personnes ont parfois ressenti moins d'isolement grâce à un chatbot. Selon Inside IT, ce taux vaut pour les personnes qui se sentaient plus souvent seules ces derniers temps et utilisaient l'IA à titre privé. Sur l'ensemble des sondés, la part tombe à 15 %.
La même étude observe par ailleurs un repli plus large. Seules 50 % des personnes se tournent vers leur entourage quand elles vont mal psychiquement, la part la plus basse depuis 2022 (57 %). Chez les jeunes adultes, 70 % disent se replier sur eux-mêmes dans ces moments.
Quelles limites pour un chatbot face à des symptômes ?
Un chatbot peut produire une réponse fausse qui paraît plausible. L'étude CSS ne teste pas les réponses des outils, mais d'autres mesures existent. Un test publié le 30 octobre 2026 par Intochat, éditeur de chatbots pour les entreprises, l'illustre sur des modèles de langage testés en suisse allemand.
Selon ce test, les cinq modèles d'Anthropic, de Google et d'OpenAI ont tous produit des réponses contenant des informations inventées. La part allait de 4 % pour le meilleur à 20 % de réponses fausses pour le moins bon. Une réponse posait même un diagnostic sur une odeur venant de la ventilation.
Ce test portait sur des messages de clients, pas sur des questions médicales. Il ne permet donc pas de chiffrer les erreurs en santé. Il montre seulement qu'une réponse plausible n'est pas une réponse vérifiée.
Données de santé : que dit la loi suisse ?
Les symptômes confiés à un chatbot sont des données sur la santé. La loi fédérale sur la protection des données (LPD), en vigueur depuis le 1er septembre 2023, les classe parmi les données personnelles sensibles, à son article 5. Plusieurs règles en découlent pour celui qui les traite :
- le consentement doit être exprès pour traiter des données sensibles (art. 6, al. 7) ;
- communiquer des données sensibles à des tiers constitue en principe une atteinte à la personnalité, sauf motif justificatif (art. 30 et 31) ;
- un traitement de données sensibles à grande échelle exige une analyse d'impact préalable (art. 22) ;
- si les données partent à l'étranger, la personne doit connaître le pays de destination (art. 19, al. 4).
La loi s'applique aux faits qui déploient des effets en Suisse, même s'ils se produisent à l'étranger (art. 3). Elle exclut en revanche les traitements d'une personne physique pour un usage exclusivement personnel (art. 2). Notre lecture : l'utilisateur qui pose une question à titre privé n'est pas visé, mais l'entreprise qui exploite le chatbot l'est.
Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) a rappelé le 24 septembre 2025 que ce droit s'applique directement à l'IA. Notre page IA et protection des données détaille cette position. Aucune loi générale sur l'IA n'est en vigueur. Selon le portail PME du Secrétariat d'État à l'économie (SECO), un avant-projet est attendu d'ici début 2027, comme le résume notre page sur la régulation de l'IA en Suisse.
Ce que ça change pour un patient en Suisse
Les sources permettent quelques repères, sans valeur de conseil médical :
- traiter la réponse d'un chatbot comme une information complémentaire à vérifier, l'usage que l'étude CSS observe chez les sondés ;
- ne confier que les données strictement nécessaires, selon la recommandation générale du PFPDT ; l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) mettait en garde le 16 octobre 2026 contre la saisie sans précaution d'informations personnelles dans une IA, comme le rappelle notre page ChatGPT en entreprise ;
- demander au fournisseur quelles données il conserve : l'article 25 de la LPD donne un droit d'accès, y compris à la durée de conservation et, le cas échéant, à l'existence d'une décision automatisée selon la LPD.
Ce qu'on ne sait pas encore
- Quels chatbots les sondés utilisent : la page de présentation de la CSS n'en nomme aucun.
- Si ces échanges ont mené à une consultation médicale ou l'ont remplacée : ni la page de présentation de la CSS ni Inside IT ne le disent.
- Le contenu de l'avant-projet sur l'IA attendu d'ici début 2027.
Sources
- CSS, « Etude sur la santé CSS 2026 », page de présentation, et sa version allemande « Die CSS Gesundheitsstudie 2026 »
- Inside IT, « Immer mehr Schweizer nutzen KI bei Gesundheitsfragen », 3 novembre 2026, avec Keystone-ATS
- Fedlex, loi fédérale sur la protection des données (RS 235.1), état le 7 juillet 2025
- 2clics.com, articles cités dans le texte, d'après Intochat, le PFPDT, le SECO et l'OFCS




