Ernst Tanner, président du conseil d'administration de Lindt & Sprüngli, exclut de démissionner. Dans un entretien à la NZZ am Sonntag, relayé le 25 octobre 2026 par l'agence Keystone-ATS, le président de 80 ans affirme pouvoir aider le chocolatier de Kilchberg (ZH) à se remettre sur les rails, quelques jours après le départ de son directeur général.
Ernst Tanner veut rester jusqu'au redressement de Lindt
Ernst Tanner se dit convaincu de pouvoir apporter une contribution importante au redressement de l'entreprise. Une fois cet objectif atteint, il souhaite passer à une autre étape de sa vie. Il ne fixe pas de date.
Le président connaît les débats sur son âge. «Si le conseil d'administration devait conclure que je n'apporte plus de valeur, je partirais immédiatement, mais pas simplement à cause de mon âge», déclare-t-il.
Cette prise de position répond à une pression documentée. Lors du départ du CEO Adalbert Lechner, annoncé en début de semaine, la banque Vontobel estimait que le conseil d'administration devait lui aussi être soumis à un examen. Jean-Philippe Bertschy, analyste à la Banque cantonale de Zurich, appelait de son côté à des changements dès le printemps prochain.
Le départ d'Adalbert Lechner justifié par la planification
Ernst Tanner justifie le changement de directeur général par le besoin de retrouver rapidement une sécurité de planification. Selon lui, Adalbert Lechner aurait de toute façon pris sa retraite dans environ un an.
L'intérim est confié à Dieter Weisskopf, ancien directeur général du groupe et vice-président du conseil d'administration. Pour la succession définitive, des candidats externes seront aussi examinés. Selon Allnews, l'arrivée d'un nouveau patron titulaire est espérée pour le deuxième trimestre de l'an prochain ; PME évoque le début de l'été prochain. Le nom n'est pas connu.
Les hausses de prix, une erreur reconnue
Le président admet que Lindt a sous-estimé la réaction de la clientèle aux fortes hausses de prix. En Allemagne et en Suisse surtout, les produits sont devenus trop chers pour de nombreux consommateurs.
Des tests de marché laissaient pourtant penser que la clientèle accepterait des prix nettement plus élevés. Ce pari s'est révélé une erreur d'appréciation dans certains pays. Selon le magazine PME, les prix avaient augmenté de 40 à 50 % sur l'ensemble de l'assortiment ces dernières années.
«Cela me fait mal de voir nos produits en promotion», confie Ernst Tanner. Il juge pourtant ces actions nécessaires pour signaler les baisses de prix aux clients. Une baisse durable des prix reste à ses yeux possible, mais seulement quand le prix du cacao se sera stabilisé à un niveau normal. Il s'agit d'une intention, pas d'une annonce chiffrée.
Un objectif de croissance revu deux fois en 2026
Les déclarations du président s'inscrivent dans une année difficile pour le groupe. L'objectif de croissance du chiffre d'affaires a été abaissé à deux reprises, d'après les chiffres repris par 2clics lors de l'annonce du départ du directeur général.
| Moment | Croissance du chiffre d'affaires visée |
|---|---|
| Début 2026 | 6 à 8 % |
| Avant la fin du premier trimestre | 4 à 6 % |
| Fourchette actuelle | stagnation à +2 % |
Pour l'an prochain, Ernst Tanner fixe une priorité : retrouver une croissance des volumes et gagner des parts de marché. C'est un objectif, pas un résultat.
Le poids de l'action Lindt à la Bourse suisse
L'action nominative Lindt & Sprüngli est la plus chère de Suisse. Elle avait atteint un plus haut historique de près de 135'000 francs à l'été 2025. Elle cotait autour de 86'000 francs à l'annonce du départ du directeur général, après avoir perdu quelque 20'000 francs depuis l'assemblée générale d'avril, selon PME.
Le jour de l'annonce, le bon de participation reculait de 2,1 % à 8240 francs, lanterne rouge de l'indice SLI. Le marché n'a donc pas salué le changement de direction.
Les lectures des analystes divergent sur la suite. Jefferies s'interroge sur le coût des campagnes promotionnelles pour les marges. Matthias Geissbühler, chef des investissements chez Raiffeisen, attend lui aussi des marges sous pression, et note que Dieter Weisskopf a soutenu la stratégie précédente au conseil.
Ce que ça change pour l'emploi et les clients en Suisse
Ernst Tanner exclut des suppressions d'emplois à l'échelle du groupe. Lindt emploie aujourd'hui environ 15'000 personnes. Le président estime que l'effectif devrait être plus élevé d'ici un à deux ans.
Cette déclaration éclaire une question restée ouverte. Lors de l'annonce du départ, PME jugeait l'heure venue de réduire les coûts, sans que les sources précisent si l'emploi serait touché.
Pour les clients en Suisse, le président reconnaît que les prix ont dépassé ce que beaucoup acceptent de payer. Les promotions actuelles en sont la conséquence directe.
Ce qu'on ne sait pas encore
- Le nom du futur directeur général, dont l'arrivée est seulement espérée pour le deuxième trimestre ou le début de l'été prochain.
- Si le conseil d'administration se réexaminera, comme le demandent Vontobel et la Banque cantonale de Zurich.
- Le coût des promotions pour les marges du groupe.
- Le moment où le prix du cacao permettrait une baisse durable des prix.




