La recherche en IA en Suisse s'organise autour de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et de l'École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich). Depuis décembre 2023, elles pilotent la Swiss AI Initiative, qui réunit plus de 800 chercheurs selon son site. Elle calcule sur Alps, le supercalculateur du Centre suisse de calcul scientifique (CSCS) à Lugano. Des instituts hors des EPF et deux agences publiques complètent le tableau.
Les découvertes de ces laboratoires sont suivies au fil de l'eau dans notre rubrique Recherche suisse. Cette page en décrit le cadre : qui cherche, avec quels programmes, quel calcul et quel argent.
Qui fait de la recherche en IA en Suisse ?
Les deux écoles polytechniques fédérales concentrent l'essentiel des moyens. Chacune dispose de son centre : l'ETH AI Center à Zurich et l'EPFL AI Center à Lausanne. Le 3 octobre 2024, l'EPFL a annoncé que les deux écoles fondaient ensemble le Swiss National AI Institute (SNAI), un institut national qui s'appuie sur ces deux centres.
Selon cette annonce, le SNAI part de l'expertise de plus de 70 professeurs spécialisés en IA dans le pays. Il collabore avec le CSCS et avec le Swiss Data Science Center (SDSC). Hors des EPF, deux instituts plus anciens occupent une place à part : l'Idiap en Valais et l'IDSIA au Tessin.
| Acteur | Lieu | Rattachement | Repère publié |
|---|---|---|---|
| Swiss AI Initiative | Lausanne et Zurich | EPFL et ETH Zurich, opérée par le SNAI | Plus de 800 chercheurs, plus de 10 institutions (site de l'initiative) |
| Swiss National AI Institute (SNAI) | Lausanne et Zurich | ETH AI Center et EPFL AI Center | Fondé en octobre 2024 (EPFL, 3 octobre 2024) |
| CSCS | Lugano | Centre national de calcul, partenaire du SNAI | Alps, plus de 10'000 puces GH200 (site de l'initiative) |
| Idiap Research Institute | Martigny | Fondation indépendante, affiliée à l'école doctorale de l'EPFL | Plus de 180 collaborateurs, 17 groupes de recherche (site de l'Idiap) |
| IDSIA | Lugano | Université de la Suisse italienne (USI) et SUPSI | Six domaines de recherche (site de la SUPSI) |
Qu'est-ce que la Swiss AI Initiative ?
La Swiss AI Initiative est le programme commun des deux écoles pour les modèles de fondation, ces grands modèles qui servent de base à l'IA générative. Elle a été lancée en décembre 2023, avec un communiqué du 4 décembre 2023, rappelle l'annonce du SNAI. Son site indique une dotation de départ de plus de 10 millions d'heures de calcul sur processeurs graphiques (GPU), fournies par le CSCS.
Le SNAI l'opère depuis sa création. Selon l'annonce d'octobre 2024, les modèles doivent servir la santé, la durabilité, la science, l'éducation, la robotique et la réalité augmentée. L'objectif affiché est de construire des modèles de plus de 50 milliards de paramètres, dont un premier modèle national de fondation pour les langues. Les chercheurs doivent publier leurs modèles en source ouverte chaque fois que possible, pour que PME et start-up puissent s'en servir.
Le site de l'initiative la présente comme le plus vaste effort de science ouverte au monde pour les modèles de fondation. C'est sa propre évaluation, sans comparaison chiffrée. Le calcul s'obtient par des appels réguliers : le quatrième grand appel à projets était ouvert du 3 août au 14 septembre 2026.
Quel rôle joue le CSCS et son supercalculateur Alps ?
Le CSCS fournit la puissance de calcul de l'initiative. Le centre de Lugano exploite Alps, que le site de l'initiative décrit comme l'un des principaux supercalculateurs d'IA au monde, avec plus de 10'000 puces GH200 de Nvidia. Selon la fiche technique citée par 2clics dans son dossier « Modèle de langage suisse : Apertus et les autres projets », Apertus a été entraîné sur 4096 de ces puces.
Le CSCS revendique un rôle qui dépasse la fourniture de machines. « Apertus n'est pas un cas classique de transfert de technologie de la recherche vers un produit », déclarait son directeur Thomas Schulthess, professeur à l'ETH Zurich, lors du lancement du modèle le 2 septembre 2025.
Quels instituts de recherche en IA hors des écoles polytechniques ?
Selon sa page historique, l'Idiap Research Institute de Martigny est né en 1991 sous le nom d'Institut Dalle Molle d'Intelligence Artificielle Perceptive, d'une collaboration avec la Fondation Dalle Molle. Devenu fondation indépendante en 1996, il a développé en 2002 Torch, un logiciel libre de calcul scientifique présenté comme un précurseur de PyTorch. Il est affilié depuis 2009 à une école doctorale de l'EPFL et compte aujourd'hui plus de 180 collaborateurs répartis en 17 groupes de recherche.
L'Institut Dalle Molle d'études sur l'intelligence artificielle (IDSIA), à Lugano, dépend à la fois de l'Université de la Suisse italienne (USI) et du département des technologies innovantes de la Haute école spécialisée de la Suisse italienne (SUPSI). Selon la page de la SUPSI, il mène de la recherche fondamentale et appliquée avec l'industrie. Ses domaines vont de l'apprentissage automatique et des réseaux de neurones au traitement du langage naturel, à la vision par ordinateur et à la robotique autonome. Il est dirigé par Andrea Emilio Rizzoli.
Qui finance la recherche en IA en Suisse ?
Le domaine des EPF finance directement la Swiss AI Initiative. D'après l'annonce du 3 octobre 2024, le Conseil des EPF a décidé d'allouer 20 millions de francs à la Swiss AI Initiative pour les années 2025 à 2028. L'EPFL, l'ETH Zurich et des fonds de tiers complètent ce financement.
Le Fonds national suisse (FNS) finance la recherche fondamentale par projets. Dans une analyse publiée le 17 juillet 2025, il constate que la recherche liée à l'IA qu'il finance a nettement augmenté entre 2011 et 2024.
Innosuisse, l'agence suisse pour l'encouragement de l'innovation, finance plutôt les projets menés avec les entreprises. Son rapport annuel 2025, publié le 15 avril 2026, fait état d'une contribution fédérale de 305,1 millions de francs, plus 28,7 millions au titre de mesure transitoire liée à Horizon Europe. Les demandes de projets d'innovation nationaux ont atteint environ 1100, soit environ 35 % de plus que l'année précédente. Innosuisse cite une initiative phare consacrée à l'IA dans les sciences de la vie. Le 19 septembre 2025, elle a retenu quatre projets phares issus de son appel 2024 sur l'IA dans les sciences de la vie, axé sur la santé humaine.
Le financement privé et étranger complète ce socle public. Swisscom, le plus grand opérateur de télécommunications du pays, est le partenaire stratégique de la Swiss AI Initiative et contribue au financement d'Apertus, selon l'EPFL. Google a versé un don de 500'000 francs à l'ETH AI Center en 2026, d'après la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). La puce neuronale LogSync de l'EPFL, par exemple, s'inscrit dans une subvention de 6,6 millions de francs du National Institute of Mental Health américain.
Chiffres clés
- Plus de 800 chercheurs, dont 70 professeurs spécialisés en IA, issus de plus de 10 institutions (site de la Swiss AI Initiative).
- Plus de 10 millions d'heures de calcul GPU au lancement, en décembre 2023, puis 20 millions de francs alloués par le Conseil des EPF pour 2025 à 2028 (EPFL, 3 octobre 2024).
- Plus de 10'000 puces GH200 dans Alps, au CSCS (site de l'initiative).
- 305,1 millions de francs de contribution fédérale à Innosuisse en 2025 (rapport annuel 2025).
- Plus de 180 collaborateurs et 17 groupes de recherche à l'Idiap (site de l'Idiap).
Que produit concrètement cette recherche ?
Le résultat le plus visible est Apertus, un grand modèle de langage entièrement ouvert. L'EPFL, l'ETH Zurich et le CSCS l'ont publié le 2 septembre 2025, en deux tailles de 8 et 70 milliards de paramètres. Selon l'annonce, il a été entraîné sur 15'000 milliards de jetons dans plus de 1000 langues, dont 40 % de données non anglaises, avec le suisse allemand et le romanche. Une version 1.5 a suivi le 24 juillet 2026.
Le calcul de l'initiative sert aussi d'autres disciplines. Le 28 octobre 2026, l'EPFL a présenté spora, un atlas tissulaire du cancer, dont les modèles d'IA ont été entraînés avec des ressources de la Swiss AI Initiative. Comme LogSync, ce travail reste au stade de la recherche : aucune application clinique n'est annoncée.
Quelles sont les faiblesses de la recherche suisse en IA ?
Le premier point faible tient aux talents formés qui partent. Selon la NZZ, reprise par ICTjournal le 26 octobre 2026, beaucoup de diplômés rejoignent des groupes américains, en Suisse ou aux États-Unis. Andreas Krause, directeur de l'ETH AI Center, y voit un risque pour la souveraineté numérique, comme le détaille notre article sur les spécialistes de l'IA en Suisse.
Le SNAI lui-même fait de la formation une priorité. Son annonce de 2024 estime que seules quelques centaines de personnes au monde savent développer les plus grands modèles de fondation. Le passage du laboratoire au marché pose une autre difficulté. Dans notre dossier sur la robotique suisse et l'intelligence artificielle, Jan Kerschgens, codirecteur du Centre suisse pour la souveraineté numérique, estimait que « ce ne sont ni les idées ni les talents qui manquent, c'est le capital de croissance domestique ».
Ce qu'on ne sait pas encore
- Le financement de la Swiss AI Initiative après 2028 : l'allocation du Conseil des EPF annoncée en octobre 2024 s'arrête à cette date.
- Les projets retenus lors du quatrième grand appel, clos le 14 septembre 2026, ne figurent pas encore sur la page d'accueil de l'initiative.
- Le nombre de diplômés en IA qui quittent la recherche suisse : selon la NZZ, aucun chiffre précis n'existe.
Sources
- Swiss AI Initiative, page de présentation de l'initiative
- EPFL AI Center, « EPFL and ETH Zurich enhance collaboration to boost AI in Switzerland », 3 octobre 2024
- EPFL AI Center, « Apertus: a fully open, transparent, multilingual language model », 2 septembre 2025
- Idiap Research Institute, « Our History »
- SUPSI, page de l'IDSIA USI-SUPSI
- FNS, « How much of SNSF-funded research is related to artificial intelligence? », 17 juillet 2025
- Innosuisse, « Annual Report 2025 », 15 avril 2026




