La société suisse 21shares, spécialisée dans les produits d'investissement crypto, a lancé un produit négocié en bourse (ETP) lié à la valorisation implicite d'Anthropic, l'entreprise d'intelligence artificielle. Baptisé 21shares Anthropic Synthetic ETP, il se négocie sous le symbole CLAU. Selon Fintechnews Switzerland, il permet aux investisseurs de suivre cette valorisation avant l'introduction en bourse attendue de l'entreprise.

L'émetteur présente CLAU comme le premier ETP en Europe à offrir cette exposition de manière continue et sans effet de levier. Autre argument mis en avant : le produit s'achète depuis un compte de courtage standard, comme n'importe quel titre coté.

Pas d'actions Anthropic dans le produit

C'est le point à retenir avant tout le reste : l'investisseur n'achète pas d'actions Anthropic. L'ETP obtient son exposition au moyen de swaps de rendement total (total return swaps). Dans ce type de contrat, une partie verse à l'autre la totalité du rendement d'un actif convenu.

Ici, les swaps sont liés à l'indice Kaiko Anthropic USD Reference Rate (USDT) (London). Le prix de cet indice repose lui-même sur des contrats à terme perpétuels Anthropic négociés sur Binance, des futures qui n'ont pas de date d'échéance. La mécanique s'empile donc en plusieurs étages : le cours de CLAU suit des swaps, qui suivent un indice, qui suit des dérivés cotés sur une plateforme d'échange crypto.

21shares le précise noir sur blanc : le produit n'est ni lié à Anthropic ni approuvé par elle, et il ne donne aucune exposition directe à ses actions.

Cotation à Vienne, frais à lire de près

CLAU se négocie en euros sur le Vienna MTF, un système multilatéral de négociation exploité par la Bourse de Vienne. Selon les chiffres rapportés par Fintechnews Switzerland, le ratio de frais total annuel s'élève à 1,00 %, auquel s'ajoutent des frais de sortie de 2,00 %. Pour un investisseur qui entre et sort rapidement, ces frais de sortie pèsent nettement plus lourd que les frais courants.

Sur le plan juridique, le lancement s'accompagne d'une nouveauté distincte : CLAU est le premier produit émis par un nouveau véhicule ad hoc (special purpose vehicle, SPV) mis sur pied avec FalconX. Il s'agit d'un partenariat structurel pour l'émission, pas d'une levée de fonds ni d'un accord avec Anthropic.

Ce que recouvre une exposition pré-IPO synthétique

Le mot « synthétique » dans le nom du produit n'est pas décoratif. La valeur suivie n'est pas celle fixée lors d'un tour de financement ni celle d'une future cotation : c'est un prix formé sur un marché de dérivés crypto, que l'indice de Kaiko traduit en référence. Ce prix peut s'écarter de la valorisation qu'Anthropic obtiendrait au moment d'entrer en bourse, dans un sens comme dans l'autre.

La structure par swaps introduit par ailleurs une dépendance envers les contreparties de ces contrats, une caractéristique propre aux produits synthétiques en général. Enfin, l'introduction en bourse reste « attendue » : la source n'en donne ni date ni modalités. Le produit réplique une valorisation implicite ; il ne garantit rien quant à la valeur de l'entreprise, ni quant au rendement pour l'investisseur.

Les ETP suisses face au marché privé

Duncan Moir, président et directeur des investissements de 21shares, estime que les principaux moteurs de valeur de l'IA la plus avancée se trouvent encore dans des entreprises privées. À ses yeux, loger une exposition pré-IPO dans un ETP comble ce déficit d'accès, selon les propos rapportés par Fintechnews Switzerland.

L'argument touche un vrai point de friction : les entreprises non cotées restent largement hors de portée des particuliers. Avec CLAU, un émetteur suisse né dans la crypto applique ses outils, indices de dérivés et emballage en ETP, à un sous-jacent qui n'a rien d'un jeton numérique. Reste à chacun de mesurer ce qu'il achète réellement : non pas une part d'Anthropic, mais un contrat qui reproduit le prix d'un dérivé sur sa valorisation.

Sources