Il y a neuf ans, Jamie Dimon qualifiait le bitcoin de fraude. Selon le Journal du Coin, la division de gestion d'actifs de sa banque vient de lui attribuer un rendement espéré de 10 % par an sur 10 à 15 ans, plus que les grandes valeurs de Wall Street et que l'or. Le même jour, les ETF bitcoin américains enregistraient leur meilleure séance de collecte depuis près d'un mois. Deux signaux institutionnels qui méritent d'être lus de près, parce qu'aucun des deux ne dit ce que le bitcoin rapportera.
Le bitcoin entre dans les hypothèses de long terme de JPMorgan
Chaque automne, J.P. Morgan Asset Management publie ses Long-Term Capital Market Assumptions, un document qui chiffre le rendement attendu de plus de 200 classes d'actifs sur 10 à 15 ans. Fonds de pension, assureurs et gérants s'en servent pour bâtir leurs allocations stratégiques. La 31e édition est sortie le 19 octobre 2026, avec des données arrêtées au 30 septembre, rapporte le Journal du Coin.
Le bitcoin y apparaît pour la première fois. « Pour la première fois, nous fixons une fourchette de rendement pour le bitcoin, même si nous ne l'intégrons pas encore à nos principales matrices de covariance », écrit la banque dans la présentation de son étude, citée par le site.
Les chiffres, tels que les relaie le Journal du Coin : 10 % par an en rendement composé pour le bitcoin, 7,5 % pour les actions américaines de grande capitalisation (une prévision relevée de 0,8 point, grâce à des marges supérieures à 15 %), 8,2 % pour l'immobilier coté américain, 5,5 % pour l'or et 7 % pour un portefeuille classique composé à 60 % d'actions et à 40 % d'obligations. Le site traduit ces taux en multiplicateurs : à 10 % par an, une mise serait multipliée par 2,59 en dix ans et par 4,18 en quinze ans, contre ×2,06 sur dix ans pour les grandes valeurs américaines et ×1,71 pour l'or.
Une hypothèse de gérant, pas une promesse de rendement
Une hypothèse de marché de capitaux est un outil de construction de portefeuille : elle sert à comparer des classes d'actifs entre elles sur un horizon long, pas à prévoir le cours d'une année donnée. Et le chiffre de 10 % ne se lit pas sans sa contrepartie. JPMorgan suppose pour le bitcoin une volatilité annuelle de 55 %, contre environ 18 % pour les grandes valeurs américaines et 17,2 % pour l'or, selon le Journal du Coin. À ce niveau, souligne le site, voir un placement fondre de moitié en douze mois n'a rien d'exceptionnel.
Cette agitation explique l'écart le plus parlant du tableau : le rendement moyen arithmétique du bitcoin atteint 20,9 % par an, mais tombe à 10 % une fois composé. Plus de dix points disparaissent sous l'effet des variations, et c'est bien le rendement composé qui mesure ce qu'un investisseur conserve réellement.
La banque reste par ailleurs prudente sur l'usage de ce chiffre. Le bitcoin n'entre que dans une petite matrice séparée, aux côtés de quelques actifs cotés, et aucune allocation chiffrée n'est proposée ; la cryptomonnaie reste hors des principaux modèles de portefeuille. Selon crypto.news, cité par le Journal du Coin, le rapport met aussi en garde contre l'idée que la méfiance envers le dollar pousserait mécaniquement les investisseurs vers les cryptomonnaies.
Les lectures divergent déjà. Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, a relayé le tableau sur X : pour lui, ces chiffres font du bitcoin l'actif le plus rentable de la décennie à venir, et JPMorgan serait même trop prudent, avec une volatilité surestimée et des rendements sous-estimés. Il s'agit d'une déclaration d'un émetteur de produits crypto, pas d'une donnée. Le Journal du Coin note de son côté que Grayscale mesure une volatilité réalisée de 43 % sur les douze derniers mois, loin des 55 % retenus par la banque.
Le marché, lui, n'a pas suivi : le bitcoin reculait de 1,5 % sur 24 heures et s'échangeait autour de 81'340 dollars mardi matin, selon CoinGecko cité par le site. Côté banque privée, JPMorgan laisse ses clients acheter du bitcoin depuis mai 2025, sans en assurer la garde.
ETF bitcoin : une collecte portée par un seul fonds
Lundi 19 octobre, les ETF bitcoin au comptant américains ont enregistré 526,6 millions de dollars d'entrées nettes, selon les données de Sosovalue reprises par le Journal du Coin. C'est leur meilleure séance depuis les 714,7 millions du 22 septembre, après des semaines où nous suivions plutôt des ETF bitcoin en sortie.
Le détail nuance le rebond. IBIT, le fonds de BlackRock, a reçu à lui seul 665,2 millions de dollars, son plus fort afflux quotidien depuis le 7 octobre 2025. Ces souscriptions compensent les retraits chez deux concurrents : 83,6 millions de dollars pour FBTC de Fidelity et 54,9 millions pour GBTC de Grayscale. Les autres fonds affichent des flux nets nuls.
La séance efface les quelque 228,5 millions de dollars de sorties de la semaine précédente, mais ne suffit pas à rendre octobre positif : les retraits cumulés du mois représentent encore environ 90,5 millions de dollars. Le Journal du Coin prend soin de le préciser : ces données montrent une demande soutenue pour le produit de BlackRock, sans signaler un retour des souscriptions chez l'ensemble des émetteurs, ni prouver un transfert de clients de Fidelity ou de Grayscale vers IBIT. Les flux quotidiens décrivent ce qui entre et sort de chaque fonds, pas le parcours des investisseurs.
Ethereum : une quatrième séance de retraits
Les ETF Ethereum au comptant ont, eux, perdu 103,3 millions de dollars le même lundi, dont 95,4 millions pour ETHA de BlackRock, 6 millions pour FETH de Fidelity et 1,9 million pour ETHE de Grayscale. La séance prolonge les retraits des 14, 15 et 16 octobre. Sur les cinq dernières journées de cotation, entrées du 13 octobre comprises, le solde atteint environ 338 millions de dollars de sorties nettes.
Depuis le début d'octobre, les sorties approchent 900 millions à un milliard de dollars, selon les estimations citées par le Journal du Coin. Le segment conserve néanmoins environ 14,8 milliards de dollars d'actifs nets et près de 12,8 milliards de souscriptions nettes cumulées depuis son lancement en juillet 2024. Là encore, les mouvements opposés d'IBIT et d'ETHA ne prouvent pas que des investisseurs vendent de l'Ethereum pour acheter du bitcoin.
Ce que ces deux signaux disent, et ce qu'ils ne disent pas
Notre lecture : la publication de JPMorgan compte moins par son chiffre de 10 % que par ce qu'elle normalise. Qu'un des grands gérants mondiaux attribue au bitcoin une ligne dans un document de référence pour les fonds de pension et les assureurs est un fait nouveau. Mais la banque l'accompagne d'une volatilité de 55 %, le tient à l'écart de ses modèles principaux et ne recommande aucune allocation. C'est une hypothèse de travail, révisée chaque année, pas un engagement.
Les flux de lundi relèvent de la même prudence. Une journée forte, concentrée sur un seul produit, dans un mois toujours négatif, ne fait pas une tendance. Pour mesurer le chemin parcouru, on peut relire le bilan dressé un an après le krach du 10 octobre. La suite d'octobre dira si IBIT reste un cas isolé ou si les autres émetteurs retrouvent des souscriptions.
Sources
- Journal du Coin : « Bitcoin : JPMorgan lui prédit 10 % par an, mieux que les actions américaines et l'or »
- Journal du Coin : « ETF Bitcoin : Collecte record depuis près d'un mois, Ethereum reste dans le rouge »




