Tech4Eva, l'accélérateur de startups consacré à la santé des femmes lancé en 2021 par l'EPFL Innovation Park et la caisse d'assurance maladie Groupe Mutuel, n'a pas été reconduit en 2026, selon le magazine PME du 3 novembre 2026. La femtech suisse romande perd ainsi son programme de référence, au moment où ses startups cherchent des investisseurs pour passer du prototype au marché.

Tech4Eva en chiffres : 110 startups en cinq éditions

Tech4Eva se présentait comme le premier accélérateur européen dédié à la femtech, ces technologies pensées pour la santé des femmes. Sa directrice, Lan Zuo Gillet, ancienne directrice adjointe de l'EPFL Innovation Park, en tire le bilan dans PME : 765 candidatures venues de 71 pays et 110 startups accompagnées en cinq éditions.

Selon la même ancienne directrice, les anciens participants ont levé près de 300 millions de francs, et le programme a contribué à la sortie (exit) de cinq d'entre eux. C'est une estimation de l'ancienne directrice : PME ne précise ni la période ni le détail du calcul.

Le format a changé en cours de route. L'annonce publiée par l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) le 9 mars 2021 prévoyait une première promotion de 15 startups pendant neuf mois, dès avril 2021. Au programme : ateliers, mentorat, rencontres d'investisseurs et une tournée en Suisse, au Japon, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Le dernier appel à candidatures, diffusé par l'EPFL pour la cinquième promotion, décrivait un accélérateur mondial et virtuel de six mois, dès mai 2025, ouvert à 10 à 15 projets. Les startups avaient jusqu'au 15 février 2025 pour postuler.

Pourquoi l'accélérateur s'arrête

Deux causes expliquent l'arrêt, selon PME : un changement de priorités des deux institutions fondatrices et un financement fragile, qui reposait sur un sponsor unique. Le Groupe Mutuel ne ferme pas la porte. Un porte-parole de l'assureur dit à PME que la caisse est « en réflexion sur la manière de poursuivre [son] engagement dans le domaine de la santé des femmes ».

À l'origine, le partenariat devait servir les deux parties. L'annonce de 2021 promettait aux startups des projets pilotes au sein du Groupe Mutuel et de ses entreprises clientes, et l'accès au réseau d'investisseurs de l'EPFL Innovation Park. Ce parc, qui propose notamment La Forge et Le Garage, reste une porte d'entrée majeure parmi les structures d'incubateur en Suisse romande.

Ce que deviennent les startups femtech romandes

Les anciennes de Tech4Eva et leurs voisines de l'Arc lémanique avancent, mais par des voies différentes. Il faut distinguer la levée de fonds, qui fait entrer des investisseurs au capital, du contrat de recherche, de la subvention et du partenariat.

StartupCe qu'elle développeFinancement connuNature
Aspivix (Epalinges, VD)Instrument gynécologique à succion douce pour le col de l'utérus800'000 francs à l'automne 2026, environ 10 millions depuis 2015Financement participatif
Impli (Biopôle et Londres)Patch à micro-aiguilles qui mesure les hormones en continu1,4 million de livres de l'organisme public de recherche britannique NIHR et 1,5 million d'euros de SPRINDFonds publics et contrat de recherche ; partenariat avec Bayer
MoleSense (Lausanne)Patch cutané qui analyse la sueur pour les grossesses à risquePlus de 300'000 euros, puis 1,5 million d'euros de SPRINDFonds non dilutifs et contrat de recherche
Testmate Health (Genève)Test urinaire jetable de dépistage des infections sexuellement transmissibles1,62 million de francs en 2021, 6 millions de dollars en mai 2024Levées de fonds, dont un tour d'amorçage

Aspivix illustre la marche la plus difficile. Son instrument a obtenu le marquage CE en Europe et l'autorisation de la Food and Drug Administration (FDA), l'autorité sanitaire américaine. Mathieu Horras, d'Aspivix, décrit pourtant à PME une « deuxième vallée de la mort » : la phase coûteuse entre l'arrivée sur le marché et l'adoption par les hôpitaux. Pour contourner la frilosité des investisseurs, l'entreprise d'une quinzaine de collaborateurs a misé sur le financement participatif.

Impli et MoleSense ont, elles, décroché un financement allemand. Toutes deux basées au Biopôle d'Epalinges, elles figurent parmi les huit équipes internationales retenues pour le défi sur le suivi hormonal en continu de l'Agence fédérale allemande pour l'innovation de rupture (SPRIND), selon le Biopôle le 24 juillet 2026. Ce programme de 40 millions d'euros sur trois ans accorde à chaque équipe un contrat de recherche de 1,5 million d'euros pour sa première étape.

Ce n'est pas une levée de fonds : SPRIND ne prend pas de parts. D'après PME, MoleSense a douze mois pour prouver que son capteur suit quatre hormones en continu sur sept jours. Avant cela, la spin-off de l'EPFL avait été appuyée par l'initiative Venture Kick et par le Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM).

Testmate Health, spin-off de l'Université de Genève fondée en 2020, a suivi un parcours plus classique. Selon PME, son tour de financement seed de mai 2024 était mené par le fonds américain RH Capital, avec le soutien de la Banque cantonale de Zurich (ZKB).

Qui prend le relais en Suisse romande ?

Aucune structure ne remplace Tech4Eva à ce jour, mais plusieurs institutions renforcent leur engagement. Il s'agit surtout d'intentions et de projets annoncés.

  • L'EPFL recrute un professeur assistant en ingénierie de la santé des femmes, pour une nouvelle chaire, selon PME.
  • Le CSEM a fait de la santé féminine un axe stratégique. Il mène des projets avec Impli, MoleSense et VidaSense, dont la ceinture surveille le cœur de la mère et du fœtus.
  • La Clinique de Genolier, près de Nyon, veut décloisonner la prise en charge des femmes. Sa directrice générale depuis juin, Aurélie Meynet, laisse entendre une annonce, sans en donner le contenu.
  • Lan Zuo Gillet souhaite créer, avec plusieurs figures de la femtech suisse, une structure indépendante et non lucrative financée par plusieurs sponsors. Aucune date ni aucun partenaire ne sont annoncés.

Les accélérateurs généralistes accueillent aussi des projets de santé féminine. Lors des prix de MassChallenge Switzerland à Lausanne, le 29 octobre 2026, le Diamond Prize est allé à N23 Health, startup suédoise de dépistage du cancer du sein par échographe portable. Selon MassChallenge Switzerland, 64 % des startups de sa promotion 2026 comptaient une cofondatrice.

Pourquoi les investisseurs restent frileux

Le frein principal tient au profil des financeurs, selon les témoins cités par PME. Mathieu Horras constate que les événements de capital-risque réunissent surtout des hommes, qu'il faut convaincre de la réalité clinique des douleurs gynécologiques.

Le retard de la recherche pèse aussi. Dès 2021, l'annonce de Tech4Eva relevait que 4 % seulement de la recherche en santé visait la santé des femmes. Samantha Paoletti, directrice de la recherche et du développement en sciences de la vie au CSEM, rappelle dans PME que les femmes ont longtemps été écartées des essais cliniques, par crainte des fluctuations hormonales.

Les partisans de la femtech avancent des marchés considérables, à prendre comme des estimations. PME cite une étude de McKinsey : combler l'écart de santé entre femmes et hommes ajouterait au moins 1000 milliards de dollars par an à l'économie mondiale d'ici à 2040. Le seul marché des traitements des symptômes de la ménopause est évalué entre 120 et 350 milliards de dollars. Ces chiffres décrivent un besoin, pas le rendement d'un investissement.

Pour suivre les autres acteurs de la région, notre rubrique sur l'écosystème des startups romandes recense les programmes et les annonces.

Ce qu'on ne sait pas encore

  • La forme que prendra l'engagement du Groupe Mutuel dans la santé des femmes : l'assureur dit y réfléchir, sans calendrier.
  • Le calendrier et les sponsors de la structure que veut créer Lan Zuo Gillet.
  • Le contenu de l'annonce attendue de la Clinique de Genolier.

Sources

  • PME, « Femtech: Tech4Eva s'arrête, la Suisse romande veut rebondir », 3 novembre 2026
  • EPFL, « Tech4Eva – The first startup accelerator in the field of FemTech », 9 mars 2021 (en anglais)
  • EPFL Memento, appel à candidatures Tech4Eva 2025 (en anglais)
  • Biopôle, « MoleSense and Impli Selected for the SPRIND Challenge on Continuous Hormone Monitoring », 24 juillet 2026 (en anglais)