Dans une note datée du mercredi 7 octobre, les stratèges de JPMorgan estiment à 50 milliards de dollars les montants entrés dans la crypto depuis le 1er janvier 2026, rapporte le Journal du Coin. En janvier, la banque annonçait pourtant une année supérieure au record de 2025, proche de 130 milliards de dollars. Entre ces deux pointages, ce n'est pas seulement le chiffre qui a bougé : la manière de le calculer aussi.
Quatre robinets, puis davantage
Mesurer l'argent qui entre dans les actifs numériques n'a rien d'une science exacte. L'équipe de Nikolaos Panigirtzoglou additionne d'habitude quatre composantes, détaille le Journal du Coin :
- les souscriptions nettes des fonds crypto ;
- l'impulsion déduite des contrats à terme du CME, la Bourse de Chicago où les institutionnels se positionnent sur le prix futur du bitcoin et de l'ether ;
- les levées de capital-risque ;
- les achats des mineurs et des trésoreries d'entreprises cotés.
Pour cette note, consultée par The Block selon le Journal du Coin, la banque a élargi le périmètre aux trésoreries d'entreprises non cotées, aux mineurs privés et à des entités liées à des États. Un filet plus large ramène mécaniquement davantage de prises : le total de 50 milliards n'est donc pas strictement comparable aux estimations antérieures de la banque. La source ne précise pas quelle part du montant provient de ces nouvelles catégories.
D’un record à battre à 50 milliards constatés
Le chemin parcouru depuis janvier en dit long. En début d'année, JPMorgan tablait sur une nouvelle hausse des flux, portée par les investisseurs institutionnels et par l'adoption du Clarity Act, la loi américaine censée clarifier le statut des cryptoactifs. En avril, la banque constatait un premier trimestre famélique, à 11 milliards de dollars. Au pointage de mai, le rythme rapporté sur douze mois ressortait à 52 milliards de dollars ; il atteint désormais 66 milliards, toujours selon les chiffres de la banque cités par le Journal du Coin.
Le média résume l'écart : ce rythme représente à peu près la moitié de la cadence de l'an dernier, et le compteur affiche moins de 40 % du record de 2025. La révision n'a donc rien d'un ajustement à la marge. Elle traduit un décalage de fond entre le scénario de l'hiver et ce que les flux ont réellement livré.
Le moteur a changé en cours d'année
Au premier semestre, l'essentiel des entrées venait de deux poches : les achats de bitcoin de Strategy et le capital-risque. Les ETF pesaient à l'inverse sur le total, avec de lourdes sorties en mai et en juin.
Depuis août, selon JPMorgan, les fonds indiciels cotés sont repassés dans le vert sur l'année. Mesurés depuis le krach du 10 octobre 2025, leurs flux cumulés restent toutefois négatifs. Sur le CME, les positions institutionnelles en bitcoin ont dépassé leur précédent sommet, et celles en ether frôlent leur niveau d'octobre 2025. Les signaux de momentum de la banque indiquent aussi que les CTA, ces fonds de suivi de tendance pilotés par algorithme, reconstruisent des positions acheteuses sur le bitcoin et l'ether.
Sur les plateformes offshore, le levier des contrats perpétuels, des contrats à terme sans date d'échéance, a reflué depuis le krach mais reste supérieur à sa moyenne historique. Les analystes y voient le retour conjoint des particuliers et des institutionnels, de quoi créer selon eux « une dynamique de flux positive pour le quatrième trimestre ». C'est la lecture de la banque, pas une garantie.
Ce qui freine encore
Tous les compartiments ne suivent pas. Les mineurs affichent un solde net vendeur d'environ 1,8 milliard de dollars depuis janvier, selon le Journal du Coin, un montant modeste à l'échelle du marché. Les sociétés cotées portent l'essentiel du mouvement : elles écoulent leur production et puisent parfois dans leurs réserves pour financer des centres de calcul dédiés à l'intelligence artificielle.
Côté trésoreries d'entreprise, Strategy a tiré la charrette en début d'année. Les sociétés cotées financent leurs achats par émission d'actions, par la dette ou par des actions de préférence, des titres hybrides qui versent un dividende prioritaire. Le curseur glisse de la dette vers ces dernières, ce qui implique davantage de coupons à servir chaque trimestre, que le bitcoin monte ou non. Les trésoreries non cotées, elles, achètent peu, faute de financements souples et d'appétit pour la volatilité.
Le capital-risque se porte mieux depuis 2024, mais l'argent se concentre sur moins de tours de table, plus gros, menés par des acteurs déjà installés. Pour les infrastructures aux revenus prévisibles, la dette remplace parfois les fonds propres, et la tokenisation entre entreprises attire une part croissante des montants investis.
Les limites de l'exercice
Trois réserves s'imposent à la lecture de ce chiffre. D'abord, le changement de périmètre : mettre les 50 milliards de la note d'octobre côte à côte avec les pointages précédents revient à comparer des mesures construites différemment. Ensuite, toutes les composantes ne sont pas des flux observés directement ; l'apport des contrats à terme, par exemple, est une impulsion déduite par la banque. Enfin, l'instantané reste fragile. Le jour même de la publication de la note, le 7 octobre, les ETF bitcoin américains ont enregistré 487,1 millions de dollars de sorties, d'après le Journal du Coin. La semaine s'est soldée par 681,1 millions de dollars de sorties nettes, et le solde des ETF depuis janvier est retombé à 494,1 millions de dollars, contre 1,18 milliard sept jours plus tôt.
La source ne dit rien de la part des investisseurs suisses dans ces flux : l'information n'est pas disponible. Le chiffre de JPMorgan vaut surtout comme thermomètre de tendance, à lire avec sa méthode et ses marges d'incertitude.




