L'Etat du Valais met AVA (Assistant Valaisan Augmenté), sa plateforme d'intelligence artificielle (IA) souveraine, à disposition de toute son administration. Développée par le Service cantonal de l'informatique (SCI), elle combine des modèles ouverts, dont le modèle suisse Apertus, et garde les données sur l'infrastructure du canton. ICTjournal et Inside IT ont rapporté l'annonce le 6 novembre 2026. Le canton chiffre son coût à 2 francs par mois et par utilisateur actif quotidien.
Ce que fait AVA dans l'administration valaisanne
AVA sert d'abord aux tâches de bureau courantes. Selon le communiqué cantonal cité par ICTjournal, l'outil aide à rédiger, résumer, traduire et rechercher des informations. Inside IT précise qu'il fonctionne comme ChatGPT et qu'il est accessible depuis l'ordinateur et le téléphone portable.
La plateforme a déjà été testée à large échelle. Plus de 2000 collaborateurs l'ont utilisée pendant la phase pilote, selon les deux médias. Elle propose aussi des assistants spécialisés : AVA RH pour les ressources humaines, AVA Juriste et AVA Parlement, d'après la présentation faite à la presse.
D'autres usages avaient été décrits plus tôt. Le 29 septembre 2026, Florian Bersier, chef de la filière IA du SCI, présentait AVA lors d'une session en ligne de l'association aiLights. L'annonce de cette session cite une transcription d'enregistrements audio en procès-verbaux et un assistant pour le logiciel de gestion SAP.
Le canton fixe des limites. Le communiqué précise qu'aucune décision individuelle n'est automatisée et que les réponses restent soumises à une vérification humaine. Selon Inside IT, Franziska Biner, conseillère d'Etat et cheffe du Département des finances et de l'énergie, a assuré que le système ne remplace ni l'expertise humaine ni des postes de travail. Des formations et des directives accompagnent le déploiement.
Apertus, Mistral et Qwen sur une infrastructure contrôlée par le canton
AVA ne repose pas sur un modèle unique. La présentation citée par ICTjournal mentionne notamment Apertus, Mistral et Qwen, des modèles de langage ouverts. Ils sont combinés à une architecture de génération augmentée par récupération (RAG, pour retrieval-augmented generation) : l'outil interroge les bases documentaires internes de l'administration.
Le lieu de traitement est au cœur du projet. Toujours selon ICTjournal, le calcul des réponses tourne sur des processeurs graphiques (GPU) dédiés situés en Suisse, et les bases de données sont hébergées sur les serveurs cantonaux. « Aucune donnée ne part chez des fournisseurs étrangers », a déclaré Franziska Biner devant les médias, selon Inside IT. Les échanges des collaborateurs ne servent pas à entraîner les modèles.
Le choix d'Apertus a un sens particulier pour une administration suisse. Ce modèle de langage suisse a été publié le 2 septembre 2025 par l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), l'ETH Zurich et le Centre suisse de calcul scientifique (CSCS). Mis à jour en version 1.5 le 24 juillet 2026, il est diffusé sous licence Apache 2.0, qui autorise l'usage commercial. Les sources sur AVA ne disent pas quelle version le Valais utilise, ni quel modèle traite quelle tâche.
Le calendrier a été court. Le développement a débuté en avril 2026 et s'est étalé sur six mois, selon ICTjournal. La plateforme compte aujourd'hui plus de 50 outils et agents.
Pourquoi le Valais a-t-il développé sa propre IA ?
Le canton invoque d'abord la confidentialité. « Une grande partie du travail administratif porte sur des données confidentielles et dignes de protection, dont l'utilisation avec les services commerciaux en libre accès est problématique, voire interdite », a expliqué Franziska Biner, citée par le Walliser Bote et reprise par Inside IT. Sans offre interne, l'administration risquerait selon elle un usage incontrôlé de ces outils.
Le risque n'est pas théorique, selon la conseillère d'Etat. De nombreux employés utiliseraient déjà des outils d'IA, ce qui pose un problème de sécurité. Le programme gouvernemental valaisan inscrit d'ailleurs l'« encadrement de l'utilisation de l'intelligence artificielle au sein de l'administration » parmi ses mesures prioritaires, dans son objectif d'optimiser la capacité d'action des institutions.
Que vaut le coût annoncé de 2 francs par mois ?
Le chiffre est une estimation du canton, pas un prix de marché. Il porte sur un utilisateur actif quotidien, et non sur chaque employé disposant d'un accès.
La comparaison avec le privé varie selon les médias. ICTjournal écrit que ce coût est au moins vingt fois inférieur à celui d'une solution commerciale, selon l'estimation du canton. Inside IT rapporte une autre formule de Florian Bersier : au moins 20 francs de moins qu'une solution commerciale. Les deux comparaisons ne mènent pas au même ordre de grandeur.
Notre analyse : aucune des deux sources ne nomme la solution commerciale de référence ni ce que couvre le montant de 2 francs. On ignore donc s'il inclut le salaire de l'équipe de développement ou l'achat des GPU. Le chiffre sert surtout à situer l'ordre de grandeur, pas à comparer des offres.
AVA parmi les projets d'IA publics en Suisse
Le Valais n'est pas la seule administration à chercher une IA qui garde ses données en Suisse. Le tableau situe AVA face à d'autres projets publics documentés.
| Administration | Projet | Utilisateurs | Technologie selon les sources |
|---|---|---|---|
| Canton du Valais | AVA, développée par le SCI | Collaborateurs de l'administration | Apertus, Mistral, Qwen ; GPU en Suisse, serveurs cantonaux |
| Canton de Fribourg | Robot conversationnel de fr.ch, lancé en mars 2026 | Population | Modèle de Mistral, cloud d'Infomaniak, développement par Liip |
| Canton du Tessin | Service interne de traduction | Administration | Apertus |
| Confédération | Utilisation de l'IA dans la bureautique | Administration fédérale | Non détaillée dans le plan d'action Suisse numérique |
Les approches diffèrent. Fribourg a confié son robot à des prestataires privés : l'entreprise fribourgeoise Liip pour le développement, le cloud d'Infomaniak pour l'hébergement et le modèle de la société française Mistral, selon la page de l'Etat de Fribourg. Il répond à la population à partir des seules informations officielles. Le Tessin, lui, se sert d'Apertus pour traduire des documents sensibles de son administration, selon le CSCS. Le plan d'action Suisse numérique de la Confédération recense un projet d'IA dans la bureautique, sans en détailler l'outil. Le Valais a choisi de développer et d'exploiter sa plateforme lui-même, pour ses collaborateurs.
Le secteur privé vise la même demande. La start-up lausannoise Giotto présente ses modèles Solo et Alto comme une IA souveraine développée en Suisse. Le groupe informatique Elca propose une plateforme d'IA souveraine et a pris la majorité de Beyond Civic pour renforcer son offre au secteur public.
Le Valais cherche aussi des partenaires. Selon Inside IT, le canton vise une collaboration avec d'autres cantons. Une IA souveraine pourra difficilement être exploitée à long terme par un seul canton, estime Florian Bersier : il faudrait un écosystème suisse commun. La rubrique outils et modèles d'IA suit ces projets.
Ce qu'on ne sait pas encore
- L'ouverture aux communes : l'outil pourrait leur être progressivement ouvert, ainsi qu'à d'autres institutions publiques, mais le canton n'a pas communiqué de calendrier.
- La publication en open source : le canton entend publier l'architecture d'AVA, sans date ni licence annoncées.
- Le robot conversationnel du Service de la circulation et de la navigation : il est annoncé pour les usagers, sans date de mise en service. L'annonce de la session aiLights évoquait déjà un accès prochain pour la population.
Sources
- ICTjournal, Yannick Chavanne, « Le Valais déploie sa propre IA souveraine pour son administration », 6 novembre 2026
- Inside IT, « Wallis setzt auf selbst entwickelte KI », 6 novembre 2026
- aiLights, « AI @ Swiss Cantons | Valais », annonce de la session du 29 septembre 2026
- Etat du Valais, programme gouvernemental, « Optimiser la capacité d'action des institutions »
- Etat de Fribourg, « Une IA éthique pour s'informer sur les prestations de l'administration »




