Acheter du bitcoin en Suisse passe aujourd'hui par quatre voies : une banque suisse comme PostFinance ou la Banque cantonale de Zurich, une plateforme d'échange, un produit coté à la Bourse suisse SIX ou un distributeur de billets des Chemins de fer fédéraux (CFF). Elles n'ont ni les mêmes frais ni la même garde. Avant de payer, deux contrôles s'imposent : le statut du prestataire auprès de l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA), et la déclaration des bitcoins dans sa fortune imposable.

Cette vue d'ensemble compare les voies d'achat, leurs frais et les précautions propres à la Suisse. Cours et fonds cotés sont suivis dans notre rubrique marchés crypto.

Que coûte un achat de bitcoin dans une banque suisse ?

PostFinance, la banque de La Poste suisse, publie une grille complète sur sa page « Négoce de cryptomonnaies ». Les frais de négoce y atteignent 0,95 % du montant jusqu'à 250'000 dollars, puis 0,75 %, et 0,55 % dès un million de dollars. S'y ajoutent des frais de tenue du portefeuille de 0,15 % par an, hors TVA, dégressifs jusqu'à 0,05 %.

PostFinance réserve l'offre à ses clients domiciliés fiscalement en Suisse, avec une pièce d'identité suisse ou un permis B, C ou C1. Un ordre, comme un plan d'épargne périodique, démarre à 50 dollars. PostFinance indique conserver les clés en Suisse et remettre chaque année un aperçu du patrimoine pour la déclaration d'impôt.

Swissquote, banque en ligne suisse, applique un barème lié au volume. Selon sa page tarifaire, un client sans négoce crypto sur 30 jours paie 1 % par ordre. Le taux baisse avec le volume des 30 derniers jours, jusqu'à 0,08 % pour un ordre limité au-delà de 60 millions de dollars de volume. Swissquote précise qu'aucun droit de timbre ne s'applique.

Chez Swissquote, la garde et le retrait ont aussi un prix. Les droits de garde trimestriels vont de 20 à 50 francs, cryptos comprises dans le calcul. Retirer des bitcoins vers un portefeuille externe coûte 10 dollars par transfert.

La Banque cantonale de Zurich (Zürcher Kantonalbank, ZKB) propose le bitcoin dans son e-banking et son application. L'ordre se passe dans « Anlegen », catégorie « Digitale Vermögenswerte », en nombre de coins ou en montant. Sa page d'aide ne chiffre pas les frais : elle renvoie à la grille tarifaire des opérations de placement de la banque.

Faut-il passer par un ETP coté à la SIX ?

Un ETP, ou produit négocié en Bourse (exchange traded product), s'achète comme une action, chez sa banque ou son courtier. C'est un titre de dette sur son émetteur, adossé à des bitcoins confiés à un dépositaire. L'investisseur ne possède donc pas de bitcoins et ne peut pas en retirer. Notre comparatif bitcoin en direct ou ETP détaille cette différence de garde.

La SIX Swiss Exchange, la Bourse suisse de Zurich, a une longue avance sur ce terrain. Selon SIX, Amun, devenu 21Shares, y a coté le premier ETP sur un panier de cryptos en novembre 2018. WisdomTree a suivi en décembre 2019 avec un ETP adossé physiquement au seul bitcoin. Fin 2024, SIX comptait 429 produits crypto, dont 169 ETP, et le bitcoin pesait 51,6 % des échanges.

Côté frais, un ETP inverse la logique d'un achat direct : courtage modeste, mais frais annuels prélevés par l'émetteur. Pour les produits européens, ils vont de 0,05 % à 0,25 % chez les moins chers, et jusqu'à 1 %, voire 2 %, selon le guide du Journal du Coin repris par 2clics.

Le 20 octobre 2026, la FINMA a autorisé le premier ETF bitcoin de droit suisse ouvert au public, le Bitcoin Fund ETF (BBIT). Sa cotation à la SIX est attendue en novembre 2026, comme le détaille notre article sur l'ETF bitcoin suisse BBIT. À la différence d'un ETP, ses bitcoins sont conservés hors du bilan du gestionnaire.

Peut-on acheter du bitcoin en espèces dans une gare ?

Oui, aux distributeurs de billets des CFF, selon le guide publié par Proton Wallet, le portefeuille bitcoin de Proton. Il faut choisir « Autres billets et offres », puis « Prépayé / Transferts d'argent » et « Bitcoin Paper Wallet ». L'acheteur saisit un numéro de téléphone suisse valide et paie en espèces ou par carte de débit.

La machine imprime un portefeuille papier, avec une adresse publique et un code QR pour la clé privée. Ce papier vaut les bitcoins : le perdre, c'est les perdre. Le guide de Proton n'indique pas le tarif appliqué à l'achat.

Combien coûte chaque voie d'achat ?

Certaines grilles facturent l'ordre, d'autres la détention : le tableau reprend les montants tels que chaque source les publie.

VoieFrais à l'achatFrais de détentionQui garde les bitcoins
PostFinance0,95 % jusqu'à 250'000 dollars0,15 % par an, hors TVALa banque, clés en Suisse
Swissquote1 % sans volume récent, jusqu'à 0,08 %20 à 50 francs par trimestre, tous avoirsLa banque, retrait possible pour 10 dollars
Banque cantonale de ZurichGrille des opérations de placementGrille des opérations de placementLa banque
Plateforme d'échangeEnviron 0,1 % sur un carnet d'ordres, 1,5 % ou plus en achat simplifiéAucun, selon le guideLa plateforme ou le client
ETP coté à la SIXCourtage de la banque0,05 % à 2 % par an selon le produitUn dépositaire de l'émetteur
Distributeur CFFNon indiqué par le guide de ProtonAucun, portefeuille papierLe client

Les fourchettes des plateformes et des ETP viennent du guide européen du Journal du Coin : un ordre de grandeur, pas un tarif suisse.

Comment vérifier qu'une plateforme crypto est autorisée ?

Le premier réflexe est la liste d'alerte de la FINMA. Elle recense des entreprises susceptibles d'exercer sans l'autorisation requise. La FINMA prévient pourtant qu'elle n'est ni exhaustive ni totalement à jour : un nom absent ne prouve rien.

La FINMA conseille donc de croiser plusieurs sources. Sa liste des assujettis indique qui détient une autorisation. Elle recommande aussi la liste de la police cantonale zurichoise, sur cybercrimepolice.ch, et celle de l'OICV, l'organisation internationale des commissions de valeurs (I-SCAN).

Le bon statut dépend de l'activité, comme l'expliquait 2clics dans sa page sur les autorisations FINMA. Le négoce de bitcoins et la mise à disposition de wallets imposent au minimum l'affiliation à un organisme d'autorégulation (OAR). Un établissement sous licence Fintech peut accepter des actifs cryptographiques, mais ses fonds ne sont pas couverts par la garantie des dépôts en cas de faillite.

Qui garde les bitcoins, et avec quel risque ?

Sur une plateforme ou dans une banque, le risque principal est la défaillance de l'intermédiaire. La chute de FTX en 2022 a montré que des fonds clients peuvent rester bloqués des années. Garder soi-même ses bitcoins déplace le risque : perdre sa phrase de récupération de 12 ou 24 mots, c'est perdre ses bitcoins.

Sortir ses bitcoins d'un établissement suisse obéit à une règle précise. Selon la communication 02/2019 de la FINMA, faute de système de transmission sur la blockchain, un établissement surveillé n'envoie des cryptos qu'aux wallets externes de ses propres clients identifiés. Un envoi direct vers le portefeuille d'un tiers n'entre pas dans cette exception.

Aucune voie ne protège du marché. Le bitcoin a perdu plus de 50 % de sa valeur à plusieurs reprises, et le cours du bitcoin est retombé vers 81'500 dollars le 23 octobre 2026. En autorisant l'ETF BBIT, la FINMA a rappelé que le capital investi peut perdre une part importante de sa valeur.

Comment déclarer ses bitcoins aux impôts en Suisse ?

Les bitcoins entrent dans la fortune imposable, déclarée chaque année. Selon l'administration fiscale genevoise, leur valeur vénale au 31 décembre se reporte dans l'état des titres. L'Administration fédérale des contributions (AFC) publie sur sa plateforme ICTax la valeur des principales cryptos, calculée comme la moyenne de plusieurs plateformes.

Le gain réalisé à la vente, lui, échappe à l'impôt sur le revenu si les bitcoins font partie de la fortune privée. Le revers existe : une perte en capital ne se déduit pas. En revanche, les revenus du staking, du mining, du lending ou des airdrops sont imposables, et un commerçant quasi professionnel est imposé sur ses gains.

Les modalités relèvent du canton de domicile, et ce sont les règles genevoises qui sont citées ici. Le bitcoin sert même à régler l'impôt dans le canton de Zoug : selon 2clics, il y est accepté depuis février 2021, avec un plafond de 1,5 million de francs par facture depuis mars 2023. Le panorama suisse figure dans notre article bitcoin a 18 ans en Suisse.

Chiffres clés

  • 0,95 % : frais de négoce de PostFinance jusqu'à 250'000 dollars, plus 0,15 % par an de tenue de portefeuille.
  • 1 % : frais d'un ordre chez Swissquote pour un client sans négoce crypto sur 30 jours.
  • 429 produits crypto cotés à la SIX fin 2024, dont 169 ETP, selon SIX.
  • 51,6 % des échanges de produits crypto à la SIX portaient sur le bitcoin en 2024.

Ce qu'on ne sait pas encore

  • La date exacte de cotation de l'ETF BBIT à la SIX, attendue en novembre 2026, et ses frais de gestion, absents des annonces d'octobre 2026.
  • Les banques suisses qui proposeront BBIT dès le premier jour : selon Danielle Reischuk, de SIX Swiss Exchange, chaque établissement doit d'abord terminer son intégration technique.

Cet article ne constitue pas un conseil en investissement.

Sources