Franklin Templeton prépare deux ETF, des fonds négociés en bourse (exchange traded funds), qui détiennent des actions américaines et convertissent chaque dividende en bitcoin. Selon le Journal du Coin, leur prospectus entre en vigueur le 27 octobre 2026, en vue d'une cotation au Nasdaq. Un ETF bitcoin d'un genre nouveau : l'exposition à la cryptomonnaie y grandit au rythme des dividendes.
Comment fonctionnent les ETF bitcoin de Franklin Templeton
Les deux fonds s'appellent Franklin US Equity Bitcoin DRIP Index ETF (FBEQ) et Franklin US Innovation Bitcoin DRIP Index ETF (FIBT). DRIP est le sigle américain du réinvestissement automatique des dividendes. La formule est un classique de la Bourse, mais le dividende part ici vers un autre actif.
Le mécanisme figure dans le prospectus déposé le 22 octobre 2026 auprès de la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme boursier américain. Chaque dividende, ordinaire ou exceptionnel, est réinvesti en bitcoin à l'ouverture du marché. L'achat a lieu le lendemain de la date de détachement. Au lancement, l'indice compte 95 % d'actions et 5 % de bitcoin.
Les deux fonds suivent des indices construits par VettaFi :
- FBEQ suit le VettaFi US Large-Cap 500 Bitcoin DRIP Index, bâti sur les grandes capitalisations américaines ;
- FIBT réplique une variante adossée au VettaFi US Innovation 100, soit les cent plus grosses sociétés cotées au Nasdaq hors valeurs financières.
Nate Geraci, président de The ETF Store, a résumé l'idée le 25 octobre 2026 sur X : « En gros, c'est comme investir dans le S&P 500 et le Nasdaq 100, avec les dividendes qui partent en BTC ». Le raccourci parle aux épargnants. Mais les indices restent des créations maison de VettaFi.
Un plafond de 5 % de bitcoin, révisé chaque trimestre
Les dividendes font mécaniquement grimper la part de bitcoin. Un garde-fou joue à chaque rééquilibrage trimestriel. Si le bitcoin dépasse 5 % de l'indice, il est ramené à 4,5 %, et l'excédent repart en actions.
Une seconde limite s'applique entre deux rééquilibrages. Si le bitcoin dépasse 20 % de l'indice à une clôture, sa part revient à 4,5 % deux jours ouvrés plus tard. Le prix retenu est le Kaiko Bitcoin New York Reference Rate de 16 heures, heure de New York.
Le débit reste modeste, souligne le Journal du Coin. Les grandes capitalisations américaines distribuent peu de dividendes, et les géants de la tech du second indice encore moins. Les frais annuels atteignent 0,09 % pour FBEQ et 0,19 % pour FIBT. Un placement de 1000 dollars dans FBEQ coûte donc 90 cents par an.
Pas forcément de vrais bitcoins dans ces fonds
Ces ETF ne détiendront pas forcément de bitcoins en direct. Le prospectus autorise des ETP bitcoin, des produits négociés en bourse (exchange traded products), y compris ceux de sociétés affiliées à Franklin. Il permet aussi des contrats à terme, des options et des certificats de dépôt. Une partie peut transiter par une filiale aux îles Caïmans, dans la limite de 25 % des actifs.
La nuance compte pour juger du risque. Comme le montre notre comparatif bitcoin en direct ou ETP, le porteur d'un ETP ne possède aucun bitcoin. Il détient une créance sur l'émetteur et ne peut ni retirer de vrais bitcoins ni payer avec.
ETF bitcoin classique ou hybride : ce qui change
Franklin Templeton n'en est pas à son premier produit bitcoin. Son ETF bitcoin au comptant EZBC cote depuis le 11 janvier 2024, avec des frais de 0,19 %. Il vise ceux qui veulent du bitcoin pur. FBEQ et FIBT ciblent plutôt l'épargnant qui achète déjà un fonds indiciel et accepte une pincée de bitcoin, sans la doser lui-même.
Les ETF bitcoin au comptant pèsent lourd. Selon SoSoValue, les fonds américains cumulaient 57,96 milliards de dollars d'entrées nettes depuis janvier 2024, au 21 octobre 2026. Leurs flux restent heurtés et pèsent sur le cours du bitcoin : ils ont rendu 635,6 millions de dollars le 22 octobre 2026, d'après Farside Investors.
Le format hybride existe déjà chez Simplify. Son fonds SPBC, coté au NYSE depuis 2021, vise 100 % d'exposition aux actions américaines plus 10 % de bitcoin. Ce bitcoin est logé dans l'ETF HODL de VanEck. Simplify traite le bitcoin comme une couche fixe, rééquilibrée quand elle approche 5 ou 15 % du portefeuille. Franklin, lui, la nourrit avec les dividendes.
| Fonds | Émetteur | Exposition | Part de bitcoin | Frais annuels |
|---|---|---|---|---|
| EZBC | Franklin Templeton | Bitcoin au comptant | Bitcoin seul | 0,19 % |
| FBEQ | Franklin Templeton | Grandes capitalisations américaines | 5 % au lancement, nourrie par les dividendes | 0,09 % |
| FIBT | Franklin Templeton | Cent plus grosses valeurs du Nasdaq hors finance | 5 % au lancement, nourrie par les dividendes | 0,19 % |
| SPBC | Simplify | Actions américaines à 100 % | 10 % en plus, via l'ETF HODL de VanEck | 0,54 % |
Source : Journal du Coin. L'encours de SPBC atteignait 43,6 millions de dollars au 30 juin 2026.
ETF bitcoin et ETP crypto : quelles options en Suisse ?
Le paysage bouge aussi en Suisse. Le 20 octobre 2026, l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a autorisé le premier ETF bitcoin suisse ouvert au public. C'est un fonds de droit suisse, coté en bourse et investi directement en bitcoins. Le communiqué ne donnait ni le nom du fournisseur ni la date de cotation.
Ce fonds suisse diffère des produits de Franklin sur un point clé : il offre une exposition directe à un seul actif, le bitcoin. La FINMA a donc dû accorder une dérogation aux règles de répartition des risques. Au point de vente, les règles de la loi sur les services financiers (LSFin) s'appliquent, avec des avertissements clairs sur la volatilité.
Les ETP crypto restent l'autre voie en Europe. Ce sont souvent des titres de créance émis par une société dédiée. Les produits dits « physiques » détiennent réellement les bitcoins, confiés à un conservateur professionnel. Le guide du Journal du Coin cite les émetteurs Amundi, Bitwise, 21Shares, BlackRock et VanEck.
Leurs frais varient fortement. En Europe, les ETP les moins chers prélèvent de 0,05 % à 0,25 % par an, selon la même source. Certains produits plus anciens montent jusqu'à 1 %, voire 2 %. Nos sources ne citent aucun produit hybride actions et bitcoin coté en Suisse.
Les risques à garder en tête
Un fonds coté ne protège pas de la volatilité. Le bitcoin a déjà perdu plus de 50 % de sa valeur à plusieurs reprises, et un produit coté baisse d'autant. Dans les hypothèses de JPMorgan, la volatilité annuelle supposée du bitcoin atteint 55 %, contre environ 18 % pour les grandes valeurs américaines.
Chez Franklin, le plafond encadre la part de bitcoin sans la figer. Entre deux trimestres, seule une part supérieure à 20 % à une clôture déclenche un retour à 4,5 %. Le décalage horaire joue aussi : le bitcoin s'échange en continu, la Bourse ferme le soir et le week-end. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement.
Ce qu'on ne sait pas encore
- La date de la première séance : aucune n'a été communiquée. Le premier dépôt remonte au 18 juin 2026 et visait une entrée en vigueur au 1er septembre ; le calendrier a glissé de huit semaines.
- L'accès depuis la Suisse : nos sources ne disent pas si FBEQ et FIBT seront proposés par les banques et courtiers suisses.
- Le nom du premier ETF bitcoin suisse et sa date de cotation, que la FINMA n'a pas communiqués.
Le marché, lui, reste fébrile. Le bitcoin cotait 79'928 dollars le lundi 26 octobre 2026 au matin, en repli de 1,2 % sur 24 heures, selon CoinGecko cité par le Journal du Coin.




