Les plateformes de location de courte durée comme Airbnb exercent une pression croissante sur le marché du logement des villes suisses et des destinations touristiques. C'est le constat de départ d'un débat diffusé par la radio-télévision publique alémanique SRF et relayé le 10 octobre 2026 par SWI swissinfo.ch. D'un côté, associations de locataires et hôteliers réclament un cadre plus strict. De l'autre, les propriétaires mettent en garde contre des restrictions disproportionnées du droit de propriété.

Un logement loué toute l'année aux touristes manque aux habitants

Le mécanisme économique est simple. Proposer un appartement aux voyageurs peut être très rentable pour son propriétaire. Mais un logement occupé toute l'année par une succession d'hôtes de passage n'est plus disponible pour les résidents ni pour les personnes qui travaillent sur place. C'est cet argument qui a conduit plusieurs villes suisses à durcir leurs règles.

Lucerne fixe un plafond de 90 nuits, Zurich et Interlaken suivent

Depuis 2025, Lucerne limite la location de courte durée. Les logements aménagés pour ce type d'usage depuis 2010, et qui ont supplanté ou réduit le parc de logements destinés aux habitants, ne peuvent en principe pas être loués plus de 90 nuits par an. Leurs propriétaires doivent en outre les enregistrer. Zurich et Interlaken ont depuis introduit des restrictions similaires.

Pour Mario Stübi, président de l'Association des locataires de Lucerne, ce tour de vis arrive tard. Selon lui, le phénomène s'étend au détriment des habitants, et les logements ordinaires ne devraient pas être soustraits au marché. Il résume sa position par un principe : « La propriété s'accompagne de responsabilités. » Ceux qui choisissent de ne pas louer leur bien de manière classique doivent, estime-t-il, accepter les règles fixées par la collectivité.

Moins de 1% du parc : part marginale ou tendance qui s'étend ?

Damian Hunkeler, député PLR au Grand Conseil lucernois et président de l'Association des propriétaires de Lucerne, défend une autre lecture. « En tant que libéral, je suis fondamentalement opposé aux lois, aux réglementations et aux restrictions », affirme-t-il. Il juge la limite de 90 jours arbitraire et s'appuie sur un ordre de grandeur : lorsque la règle a été introduite en 2025, Lucerne comptait environ 330 annonces Airbnb, pour plus de 48 000 logements dans la ville, soit moins de 1% du parc.

« Une part aussi faible ne justifie pas une couche supplémentaire de réglementation, qui pourrait finalement entraîner des coûts d'application élevés pour les contribuables », estime-t-il. L'argument des coûts n'est pas théorique : à Zurich, la ville a déjà approuvé cinq nouveaux postes, pour une période de trois ans, afin de faire respecter les règles.

Ce chiffre de Lucerne illustre la difficulté du débat. Rapporté à l'ensemble de la ville, le poids des locations de courte durée paraît marginal à Damian Hunkeler. Mario Stübi insiste, lui, sur la tendance : selon lui, le phénomène s'étend au détriment des habitants. La source ne fournit ni l'évolution du nombre d'annonces depuis l'entrée en vigueur de la règle, ni leur répartition par quartier, ce qui empêche de trancher entre ces deux lectures sur la seule base de ce ratio.

En Valais, les hôteliers demandent les mêmes règles pour tous

L'inquiétude gagne aussi les régions de montagne. En Valais, canton qui compte le plus grand nombre de locations de courte durée enregistrées, les hôteliers tirent la sonnette d'alarme. Olivier Andermatt, président de l'Association hôtelière du Valais, demande des conditions de concurrence équitables entre les hôtels et les autres formes d'hébergement touristique.

Concrètement, il souhaite que les locations commerciales de courte durée respectent les mêmes exigences que l'hôtellerie en matière de sécurité incendie, d'hygiène, de droit du travail, de taxes de séjour et de TVA. Il évoque aussi une pénurie aiguë de logements abordables, qui touche à la fois le personnel hôtelier et les habitants. Il plaide pour un système d'enregistrement strict, géré par les autorités locales.

Les témoignages d'auditeurs recueillis par la SRF montrent l'autre face du dossier. Un bailleur raconte avoir perdu 35 000 francs en loyers impayés et en dégâts avant de se tourner vers Airbnb. Un autre hôte privé explique que ces revenus l'aident à financer sa retraite. D'autres intervenants s'inquiètent en revanche d'investisseurs commerciaux qui transforment des immeubles entiers en logements de courte durée lucratifs. Plusieurs participants privilégient des solutions locales : les destinations les plus prisées auraient besoin de règles plus strictes que les régions où la demande est plus faible.

Des données nationales encore à venir

Malgré leurs divergences, les deux camps s'accordent sur un point : des données fiables sont indispensables. Le Conseil national a soutenu une proposition visant à collecter, à l'échelle du pays, des données sur la location de courte durée. La mesure doit encore être approuvée par le Conseil des Etats. Ses partisans estiment que ces chiffres permettront d'identifier les endroits où une intervention est réellement nécessaire.

En attendant, les règles se décident ville par ville, sur la base de chiffres partiels. Pour les ménages comme pour les propriétaires, l'issue du vote au Conseil des Etats dira si le débat pourra bientôt s'appuyer sur une mesure commune de l'ampleur du phénomène.

Source : SWI swissinfo.ch, « Debate grows over Airbnb’s impact on Swiss housing », 10 octobre 2026