Le 21 octobre 2026, le magazine PME publie une analyse du journaliste Dirk Schütz : selon lui, la Suisse promeut peu sa place financière, contrairement au Luxembourg et à Singapour. Il part du débat sur la régulation d'UBS, où le directeur de la FINMA, Stefan Walter, rappelle que la compétitivité ne figure pas dans son mandat.

Le texte, adapté d'une publication du magazine alémanique Bilanz, mêle des faits vérifiables et une prise de position. Cet article confronte ses chiffres et son analyse à ce que dit l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) de son propre rôle.

Ce que prévoit le mandat de la FINMA

Le mandat légal de la FINMA vise d'abord la protection des clients. Selon la présentation publiée par l'autorité, elle protège les créanciers, les investisseurs et les assurés, ainsi que le bon fonctionnement des marchés financiers.

Pour remplir ce mandat, la FINMA dispose de trois outils : l'autorisation, la surveillance et, au besoin, l'application du droit de la surveillance. Elle peut aussi réglementer au niveau inférieur.

La compétitivité n'apparaît qu'en conséquence de ce travail. La FINMA écrit qu'elle « contribue ainsi à renforcer la confiance dans le bon fonctionnement, l'intégrité et la compétitivité d'une place financière suisse tournée vers l'avenir ». La compétitivité est donc un effet attendu, pas un objectif de surveillance.

L'autorité est par ailleurs indépendante du pouvoir politique. Le Parlement et le gouvernement ne peuvent pas lui imposer de directives sur son activité de surveillance. Elle reste soumise à la haute surveillance du Parlement et se finance par des taxes de surveillance et des émoluments, pas par l'impôt.

Le directeur Stefan Walter s'inscrit dans ce cadre lorsqu'il souligne, selon PME, que la compétitivité n'est pas un critère de son mandat. L'article lui oppose l'autorité de surveillance britannique, la Prudential Regulation Authority (PRA), qui a fait de la compétitivité de sa place financière un objectif fondamental.

Comment Berne soutient-elle la place financière suisse ?

Selon PME, la promotion de la place financière ne figure pas en tête des priorités des autorités fédérales. L'article avance trois indices.

  • La ministre des Finances Karin Keller-Sutter n'aurait que des contacts sporadiques avec les dirigeants des 230 banques du pays.
  • Le Département fédéral des finances a réduit ses subventions à l'organisation de promotion Finance Swiss, à une date que l'article ne précise pas. Aucun nouveau financement ne semblerait prévu.
  • La stratégie de communication internationale du Conseil fédéral a changé de priorités.

Ce dernier point est le plus documenté. Dans l'édition 2021-2024, publiée par le Département fédéral des affaires étrangères, la place financière formait l'une des cinq priorités. L'objectif était d'accroître la visibilité de ses valeurs et de ses atouts auprès du public international. Dans la stratégie actuelle, définie jusqu'en 2028, elle n'est plus mentionnée explicitement, selon l'article.

Luxembourg et Singapour : que disent les chiffres ?

Les deux places concurrentes consacrent des moyens importants à leur promotion, via un partenariat public-privé présidé par le ministre des Finances au Luxembourg et un fonds rattaché au Premier ministre à Singapour. Le tableau reprend les chiffres publiés par PME le 21 octobre 2026. L'article ne précise pas l'année à laquelle se rapportent les parts du secteur financier dans l'économie.

PlacePart du secteur financier dans la performance économiqueOrgane de promotionBudget annuel
Luxembourg23,5 %Luxembourg for Finance, partenariat public-privé présidé par le ministre des Finances Gilles Rothprès de 7 millions d'euros
Singapour13,5 %Financial Sector Development Fund, rattaché directement au Premier ministreplus de 130 millions de francs (équivalent)
Suisse9 %Finance Swissnon communiqué ; subventions fédérales réduites

Au Luxembourg, Luxembourg for Finance réunit les principaux acteurs de la place pour défendre sa compétitivité, notamment en attirant des talents qualifiés. À Singapour, le fonds finance la promotion internationale et des projets d'infrastructure.

La comparaison a ses limites. Les sources consultées ne donnent ni les actifs gérés ni le nombre d'emplois des trois places. Une part plus élevée du secteur financier dans l'économie ne dit pas non plus, à elle seule, si la promotion publique en est la cause.

Quel lien avec la régulation d'UBS ?

Le débat sur la promotion de la place financière s'inscrit dans celui sur les règles « too big to fail ». Ces règles visent les banques d'importance systémique, et la Suisse envisage de les durcir depuis la reprise de Credit Suisse par UBS en 2023.

En septembre 2026, la Chambre haute du Parlement a soutenu une version qui exigerait de couvrir à 90 % les filiales étrangères d'UBS par des fonds propres de la meilleure qualité. Selon les estimations de la banque elle-même, cette version ajouterait environ 16 milliards de dollars à ses fonds propres de base.

UBS conteste depuis le début une couverture intégrale de ses filiales étrangères par des fonds propres de premier ordre : elle juge une telle exigence excessive et estime qu'elle la désavantagerait face à ses concurrents internationaux. Selon le Wall Street Journal, la banque étudierait des plans de repli allant jusqu'au transfert de son siège à l'étranger. Ni UBS ni Reuters n'ont confirmé cette information.

Constat ou opinion : comment lire l'analyse ?

L'article de PME est une analyse signée, et il faut distinguer ses faits de son point de vue.

  • Faits rapportés : le mandat de la FINMA sans critère de compétitivité, la réduction des subventions à Finance Swiss, l'absence de la place financière dans la stratégie de communication internationale actuelle, définie jusqu'en 2028, les budgets luxembourgeois et singapourien.
  • Interprétations de l'auteur : la Suisse « s'estime au-dessus » de la promotion de sa place financière, celle-ci perd de l'influence, et les banques suisses « ne peuvent que rêver » des moyens singapouriens.

Le lien entre promotion publique et poids du secteur financier relève lui aussi de l'analyse de l'auteur. L'article ne le démontre pas par des données.

Ce que ça change pour les banques et les clients en Suisse

Pour les clients des banques et des assurances, le cadre actuel place leur protection au centre du mandat de la FINMA. Les créanciers, les investisseurs et les assurés sont les premiers bénéficiaires désignés de la surveillance.

Pour les banques, la promotion de la place relève donc d'autres acteurs que l'autorité de surveillance : le Conseil fédéral, les départements et des organisations comme Finance Swiss. Les sources consultées ne chiffrent pas ce qu'une promotion plus active changerait pour elles ou pour leurs clients.

Ce qu'on ne sait pas encore

  • La politique des marchés financiers du Conseil fédéral n'a pas pu être consultée pour cet article ; sa place exacte pour la promotion de la place financière reste à préciser.
  • L'année et la méthode de calcul des parts de 23,5 %, 13,5 % et 9 % ne sont pas indiquées par la source.
  • Le montant et la date de la baisse des subventions à Finance Swiss ne sont pas publiés dans l'article.
  • La position de la seconde chambre du Parlement sur les fonds propres d'UBS, et le calendrier d'entrée en vigueur, restent ouverts.

Sources