Plus de 15 milliards de dollars en moins, et pas un seul ordre de vente. Selon le Journal du Coin, les avoirs en bitcoins du gouvernement américain sont passés d'environ 40,7 milliards de dollars à environ 25,5 milliards depuis leur sommet d'octobre 2025. Washington n'y est pour rien : le bitcoin a perdu un tiers de sa valeur sur la période. Les États-Unis détiennent pourtant, d'après le média, le plus gros trésor public en bitcoin de la planète, soit environ 1,5 % de l'offre en circulation.

De 40 à 25 milliards de dollars sans rien céder

Le pic date d'octobre 2025, lorsque le bitcoin touchait son record à 126 000 dollars. Un an plus tard, il s'échange autour de 83 000 dollars, rapporte le Journal du Coin. La même pile de bitcoins vaut donc nettement moins, alors que personne n'a rien vendu.

Le décompte lui-même demande de la prudence. D'après le compteur d'Arkham Intelligence cité par le Journal du Coin, les adresses rattachées aux agences fédérales contenaient environ 325 000 bitcoins début octobre, puis 306 800 après les transferts du 8 octobre. S'y ajoutent 126 millions de dollars en USDT, 63 millions en WBTC et 31 millions en BNB. Arkham recense toute adresse liée à une agence, du FBI à la DEA. Une demande d'accès aux documents administratifs déposée en mars 2025 n'attribuait, elle, que 28 988 BTC au service des US Marshals. Pour le Journal du Coin, l'écart tient à la méthode de comptage, pas à des ventes dissimulées.

Un décret qui ferme le coffre

Tout part du décret signé par Donald Trump le 6 mars 2025. Il crée la réserve stratégique de bitcoins et y range les BTC confisqués, qu'il interdit de liquider. Auparavant, l'État revendait ses saisies au fil de l'eau, au gré des adjudications des US Marshals. Les altcoins sont placés dans une structure distincte, baptisée Digital Asset Stockpile, qui reste cessible.

Le texte a une limite opérationnelle : il prévoit des stratégies d'acquisition sans coût pour le contribuable, mais ne débloque aucune ligne d'achat. La réserve ne grossit donc qu'au rythme des confiscations. Le 14 octobre 2025, la justice américaine a ainsi engagé la confiscation de 127 271 BTC au patron du Prince Group, arrêté au Cambodge en janvier 2026. Il s'agit de la plus grosse saisie de son histoire, selon le Journal du Coin, et ces bitcoins pèsent à eux seuls plus de 10 milliards de dollars au cours du 12 octobre 2026.

Les coins bougent néanmoins. Le 8 octobre, le gouvernement américain a déplacé 12 267 bitcoins, d'une valeur d'environ 1,01 milliard de dollars, depuis un portefeuille issu du piratage de Bitfinex. Aucun dépôt sur une plateforme d'échange n'a suivi. La veille, Coinbase Prime avait reçu 3 200 BTC et 119 millions de dollars en USDT, mais la société sert aussi de conservateur pour les institutions. L'hypothèse d'une liquidation déguisée « tient mal », juge le Journal du Coin.

Vendre ou garder : deux choix qui ont coûté

Le média met en regard les ventes passées. Avant 2025, l'État a cédé environ 195 000 bitcoins au fil des procédures judiciaires, pour une recette totale de 366 millions de dollars. En mars 2025, le conseiller crypto de la Maison-Blanche David Sacks chiffrait le manque à gagner à plus de 17 milliards de dollars, quand le bitcoin valait encore 89 000 dollars. Au cours du 12 octobre, ces 195 000 bitcoins pèseraient environ 16,2 milliards de dollars, calcule le Journal du Coin, soit un montant du même ordre que la moins-value encaissée par le trésor public depuis le sommet.

Autrement dit, les reventes d'hier ont privé l'État d'une partie de la hausse, et la conservation l'expose aujourd'hui à la baisse. Un trésor public en bitcoin porte le risque de prix du bitcoin, sans que l'État ait à passer le moindre ordre.

Et pour une banque centrale ?

Pour le lecteur suisse, l'épisode américain pose une question plutôt qu'il n'y répond : une banque centrale comme la BNS aurait-elle intérêt à détenir une partie de ses réserves en bitcoin, sachant qu'un tel actif peut perdre un tiers de sa valeur en un an sans qu'aucune décision ne soit prise ? Le cas américain reste par ailleurs particulier : sa réserve est alimentée par des saisies, pas par des achats. Il montre surtout que la valeur d'un tel trésor dépend entièrement du marché.

Sources : « Les États-Unis ont perdu plus de 15 milliards de dollars en bitcoin sans rien vendre », Journal du Coin (avec des données d'Arkham Intelligence citées par le média).