Roche a renoué avec la croissance sur les neuf premiers mois de 2026. Le groupe pharmaceutique rhénan a publié le 22 octobre 2026 un chiffre d'affaires de 46,49 milliards de francs, en hausse de 1,4 % en francs et de 6 % en monnaies locales. Un franc moins pesant au troisième trimestre a fait la différence.
Un troisième trimestre qui renverse la tendance
Le rebond s'est joué entre juillet et fin septembre. Sur ces trois mois, les ventes de Roche ont progressé de 8,1 % en francs, à 16,13 milliards, et de 7 % en monnaies locales. À la fin du premier semestre, le groupe affichait encore un léger repli de ses ventes en francs.
Ces chiffres se situent dans le haut des projections des analystes consultés par l'agence AWP. Selon l'agence Keystone-ATS, Roche a même largement dépassé leurs estimations.
Pourquoi Roche progresse moins en francs qu'en monnaies locales
L'écart entre 1,4 % et 6 % mesure le coût du franc fort sur la période. Roche publie ses comptes en francs suisses. Quand le franc s'apprécie, les ventes réalisées dans d'autres monnaies valent moins une fois converties.
Cet effet de change s'est retourné au fil de l'année, selon les chiffres de Roche relayés par Keystone-ATS :
| Période | Effet de change sur les ventes |
|---|---|
| Premier trimestre 2026 | −11 % |
| Deuxième trimestre 2026 | −4 % |
| Troisième trimestre 2026 | +1 % |
Le troisième trimestre est donc le premier de l'année où la monnaie a aidé le groupe. Cette évolution correspondait, selon Keystone-ATS, aux attentes des analystes.
Médicaments en hausse, diagnostic stabilisé
La division Pharma porte la croissance. Ses ventes ont progressé de 1,8 % sur neuf mois, à 36,21 milliards de francs, selon AWP ; Keystone-ATS arrondit cette hausse à 2 %.
Cinq médicaments tirent l'ensemble : Xolair, Hemlibra, Ocrevus, Phesgo et Vabysmo. Ils ont rapporté 16,8 milliards de francs. Les deux agences divergent sur leur progression : 6 % selon AWP, 12 % selon Keystone-ATS, sans que l'une ou l'autre précise sa base de calcul.
Ces moteurs compensent l'érosion des produits plus anciens. Avastin, Herceptin, MabThera/Rituxan, Lucentis et Actemra/RoActemra ont perdu quelque 600 millions de francs face à des copies biosimilaires.
Xolair illustre ce double mouvement. Ce médicament contre l'asthme et les allergies, autorisé il y a plus de vingt ans, revient en force pour réduire le risque d'anaphylaxie liée aux allergies alimentaires. Roche estime qu'il devrait encore croître l'an prochain, malgré l'arrivée de copies moins chères.
La division Diagnostics a réalisé 10,28 milliards de francs, en recul de 0,3 %. Elle avait souffert d'une réforme des prix des dispositifs médicaux en Chine. Ses ventes avaient chuté de 7 % au premier trimestre et de 3 % sur le premier semestre. Le troisième trimestre marque un retournement de tendance.
Prévisions de Roche : confirmées, mais pas relevées
La direction maintient ses objectifs pour 2026, qui restent des prévisions. Elle vise une hausse des ventes d'environ 5 % hors effets de change. Le bénéfice par action de base devrait progresser d'un peu moins de 10 %. Roche s'engage aussi à augmenter son dividende en francs.
Ce statu quo a déçu les investisseurs qui espéraient un relèvement, selon Bloomberg. Pour Michael Leuchten, analyste chez Jefferies, ce choix « devrait soulever des questions sur la trajectoire de croissance en 2027 ».
Les lectures des analystes divergent sur la qualité du trimestre :
- Urban Fritsche, à la Banque cantonale de Zurich (ZKB), estime que Roche peut aborder sereinement les mois à venir et ses lancements de produits ;
- Barclays relève que la moitié de la bonne surprise vient d'achats anticipés de médicaments au Japon, avant l'introduction d'un nouveau système informatique ;
- UBS juge que cet effet calendaire risque de s'inverser dès le quatrième trimestre.
Le directeur général Thomas Schinecker se montre confiant au-delà de 2026. Il prévoit de nouvelles hausses des ventes et des marges. Il met en avant une sélection plus stricte des projets de recherche, introduite fin 2023.
Que fait l'action Roche ?
La réaction boursière est restée modeste le 22 octobre 2026. En séance, le titre a cédé moins de 1 % à Zurich, selon Bloomberg. À la clôture, le bon de participation Roche gagnait 0,03 %, à 392,10 francs, dans un SMI en baisse de 0,03 %, selon AWP.
Le titre avait déjà bien progressé auparavant. Selon Bloomberg, il avait gagné environ 19 % depuis le début de l'année jusqu'au 21 octobre 2026, plus que les autres grands groupes pharmaceutiques européens. Son rival suisse Novartis, confronté à l'expiration de brevets, a gagné 16 % sur la même période.
Thomas Schinecker s'en prend à l'Europe
Le patron de Roche a durci le ton face aux gouvernements européens. « Les États-Unis et l'Asie jouent vraiment pour gagner, et j'ai le sentiment que l'Europe joue de plus en plus pour ne pas perdre », a-t-il déclaré sur Bloomberg Television. Roche n'investira plus à l'avenir que dans les pays qui récompensent l'innovation.
Ces propos suivent la suspension par Roche de ses investissements en Allemagne. Le groupe protestait contre une réforme de la santé destinée à réduire les coûts. L'américain Eli Lilly et l'allemand Boehringer Ingelheim ont aussi annoncé l'abandon de certains investissements dans ce pays.
Pour renouveler son portefeuille, Roche se tourne vers l'Asie. Le groupe a conclu six accords en Chine depuis août. L'un d'eux, annoncé le 19 octobre 2026, porte sur des anticorps conjugués de Hansoh, pour 510 millions de dollars fermes. Selon Thomas Schinecker, l'Asie représentait la moitié des transactions du groupe l'an dernier, le reste ayant eu lieu aux États-Unis.
Roche multiplie aussi les prises de licence à l'extérieur, comme celle d'un composé de Rona Therapeutics contre l'obésité. Le dirigeant assure que le groupe subit moins de pression que certains concurrents pour acheter des projets à un stade avancé.
Ce que ces chiffres pèsent pour la pharma suisse
La pharma suisse reste le premier pilier des exportations du pays. Selon l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), la chimie-pharma pèse plus de la moitié des exportations suisses au troisième trimestre. Ses envois ont progressé de 1,6 % entre juillet et septembre, à 39,3 milliards de francs, après un rebond de 15,7 % au deuxième trimestre. Le détail figure dans notre article sur les exportations suisses de septembre.
Les transactions avec l'étranger se multiplient dans la branche : les chiffres de la semaine relevaient le passage du sous-traitant zougois Polypeptide sous le contrôle de Samsung Biologics.
Le débat sur les prix touche aussi la Suisse. Selon swissinfo.ch, les groupes pharmaceutiques continuent de presser l'Europe, Suisse comprise, de relever les prix des médicaments.
Ce qu'on ne sait pas encore
- L'emploi en Suisse : les publications du 22 octobre 2026 ne disent rien des effectifs ni des investissements de Roche en Suisse. Les propos de Thomas Schinecker ne précisent pas ce que ses critères d'investissement impliquent pour la Suisse.
- Le bénéfice : Roche ne publie traditionnellement pas de bénéfice aux premier et troisième trimestres. La rentabilité sur neuf mois reste donc inconnue.
- L'effet japonais : l'ampleur du recul possible au quatrième trimestre, une fois les achats anticipés résorbés, n'est pas chiffrée.
- Le diagnostic en 2027 : le retour à la croissance de la division, une fois absorbé l'effet de la réforme chinoise, reste une projection de la direction.




