Le Conseil de stabilité financière (FSB), qui coordonne les régulateurs financiers pour le G20, a remis le 12 octobre 2026 aux ministres des Finances du G20 une note sur les stablecoins mondiaux. Il y chiffre ce marché à 300 milliards de dollars à la mi-2026, adossés à 99 % au dollar. Surtout, il admet que les autorités suivent chaque stablecoin d'abord avec des données de compilateurs privés. La note dresse un constat et annonce des chantiers, sans nouvelle règle ni calendrier.

Ce que dit la note du FSB au G20

La note tient en cinq pages et accompagne une lettre d'Andrew Bailey, président du FSB et gouverneur de la Banque d'Angleterre. Datée du 8 octobre 2026, cette lettre fait des stablecoins « un axe clé » de l'année du FSB, comme nous l'avions relevé à propos des simulations de cyberattaques du G7. Les ministres du G20 se sont réunis le 15 octobre 2026.

Le FSB décrit un marché qui ne grandit plus. Sa capitalisation est « pratiquement inchangée » sur un an. Le texte souligne aussi qu'aucun cadre national n'a encore été « testé en situation de stress sévère ».

Le cœur de la note est une comparaison avec la banque. Une banque connaît ses déposants et gère les retraits avec son bilan sous les yeux. Un émetteur de stablecoin mondial, lui, « peut ne pas savoir qui détient ses passifs, où ces détenteurs sont domiciliés, ni parfois où la demande de rachat va se matérialiser ». Ses dettes circulent d'un pays à l'autre. Ses réserves et les protections juridiques de ses clients restent ancrées dans une ou deux juridictions.

Le FSB s'attarde sur le stablecoin multi-émetteur. Plusieurs sociétés affiliées répondent ensemble d'un même jeton, mais chacune garde ses propres réserves. En cas de crise, les rachats peuvent se concentrer sur une seule entité pendant que les réserves dorment ailleurs. Le rééquilibrage dépend alors de flux et d'une coordination « qui peuvent se rompre en période de stress ». Le FSB ne cite aucun nom. Selon Journal du Coin, la configuration ressemble à celle de l'USDC, émis par Circle aux États-Unis et par sa filiale française pour l'Europe.

Deux autres risques ont droit à un passage. Dans les pays émergents, un stablecoin deviendrait « systémique à un seuil d'usage plus bas ». Et la note pointe l'arbitrage réglementaire de « certains émetteurs » qui s'installent dans des juridictions peu ou pas régulées. Journal du Coin rappelle que Tether a transféré son siège au Salvador en janvier 2025.

Pourquoi les autorités manquent de données sur les stablecoins

Le FSB reconnaît que les régulateurs voient ce marché à travers des outils privés. L'activité des stablecoins « génère des données abondantes », écrit-il, mais les autorités « s'appuient surtout sur des compilateurs privés ». Chacun applique sa méthode, d'où des écarts, du bruit et « des risques de comparabilité et de crédibilité ». Ce travail de nettoyage coûteux a « largement été mené par l'industrie ».

La racine du problème est la pseudonymie des blockchains publiques. Attribuer un flux à un usage ou à un pays « n'est souvent pas possible ». Et quand c'est possible, le résultat « peut ne pas être vérifiable ». Une dizaine de jours avant la note, le Fonds monétaire international (FMI) a publié un panel de flux de stablecoins couvrant 188 pays. Selon Journal du Coin, il l'a construit parce que les attributions géographiques des fournisseurs privés ne satisfaisaient pas ses chercheurs.

Les chiffres publiés en témoignent. Dans notre article sur les 891 milliards de transferts en stablecoins, l'offre totale venait de DefiLlama, cité par Journal du Coin, et non d'une autorité :

MesureDateMontantOrigine
Capitalisation des stablecoinsMi-2026300 milliards de dollarsFSB
Offre totale de stablecoins21 octobre 2026Environ 304 milliards de dollarsDefiLlama
dont USDT (Tether)21 octobre 2026183 milliards de dollarsDefiLlama
dont USDC (Circle)21 octobre 202672 milliards de dollarsDefiLlama

Les deux ordres de grandeur concordent. Mais un ministère des Finances qui veut savoir combien d'USDT circulent sur son territoire consulte, comme le note Journal du Coin, le même site que n'importe quel trader.

Trois chantiers, mais aucune date

La note annonce du travail, pas des décisions. Le FSB propose trois chantiers pour la surveillance des stablecoins :

  • un jeu de métriques communes : profondeur des marchés secondaires, répartition géographique des détentions, des rachats et des réserves ;
  • un meilleur usage des données existantes, par la coopération entre autorités de différents pays ;
  • des bonnes pratiques de collecte, élaborées avec l'industrie.

Aucune date de rapport n'est fixée. La note n'ajoute aucune recommandation : celles de 2023 restent la référence. Dans sa lettre, Andrew Bailey écrit que la coopération entre régulateurs « en est encore à ses débuts ».

Les États-Unis, eux, avancent sur leurs propres règles. Le 21 octobre 2026, l'Office of the Comptroller of the Currency (OCC), le régulateur bancaire fédéral américain, a publié la première règle définitive du GENIUS Act, la loi qui encadre les stablecoins en dollar. Les émetteurs qu'il supervise ont jusqu'au 18 janvier 2027 pour s'y conformer.

Régulation des stablecoins : où en est la Suisse ?

En Suisse, l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) traite les stablecoins au cas par cas. Sa doctrine figure dans un complément à son guide sur les levées de fonds en jetons (ICO), publié le 11 septembre 2019. Elle juge un jeton selon sa fonction économique et applique le principe « same risks, same rules ». Notre page FINMA et cryptomonnaies détaille cette grille.

Les exigences dépendent des actifs de couverture et des droits du détenteur. Selon le cas, la FINMA cite la loi sur le blanchiment d'argent, le négoce de valeurs mobilières, la loi sur les banques, celle sur les placements collectifs et celle sur l'infrastructure des marchés financiers (LIMF). En 2019, elle avait pris le projet Libra comme exemple : il aurait requis une autorisation de système de paiement selon la LIMF. S'y ajoutaient des exigences de fonds propres, de liquidités et de gestion des réserves, l'émetteur devant porter seul les gains et les risques de ces réserves. Le tableau de notre page sur l'autorisation FINMA crypto situe ce cas parmi les autres licences.

Ce cadre rejoint une des inquiétudes du FSB : qui supporte le risque des réserves en cas de rachats massifs. Il ne répond pas, en revanche, à la question des données sur les flux transfrontaliers.

Côté établissements, l'intérêt dépasse encore l'offre. Selon la Swiss Blockchain Survey 2026 de l'Université de Saint-Gall, 80 % des 25 institutions de Suisse et du Liechtenstein sondées voient les stablecoins et les monnaies numériques de banque centrale comme la grande tendance à trois à cinq ans. Pourtant, 20 % seulement proposent des services de stablecoins ou de règlement, 20 % le prévoient et 60 % n'ont aucun projet. 46 % citent les exigences réglementaires ou de conformité parmi les obstacles.

Ce que ça change pour un détenteur en Suisse

Pour l'instant, la note du FSB ne change aucune règle. Le détenteur suisse d'USDT ou d'USDC tient un jeton émis hors de Suisse. Le scénario décrit par le FSB le concerne pourtant : en cas de crise, la demande de rachat peut viser une entité dont les réserves sont ailleurs. Cet article ne constitue pas une recommandation d'investissement.

Ce qu'on ne sait pas encore

  • La date à laquelle le FSB rendra ses métriques communes : la note n'en fixe aucune.
  • La place de la Suisse dans ces travaux : les sources consultées ne la mentionnent pas.
  • L'évolution de la pratique de la FINMA sur les stablecoins depuis 2019 : les documents consultés datent de cette année-là.
  • Le sort de Tether aux États-Unis, suspendu à une décision du Trésor américain sur le régime salvadorien, qui n'existe pas encore.

Sources