Le taux directeur de la Banque nationale suisse (BNS) fixe le prix de l'argent à court terme en francs, et donc le cadre dans lequel les banques rémunèrent l'épargne. Au 21 octobre 2026, il s'élevait à 0 %. Selon nos sources, un relèvement toucherait à la fois le coût du crédit et le taux d'intérêt des comptes épargne. Le détail de cette répercussion, banque par banque, n'est en revanche pas publié.
Cette page de notre dossier BNS et taux traite une seule question : pourquoi la rémunération de l'épargne dépend de la politique monétaire. La façon dont la Banque nationale prend sa décision est expliquée dans notre page sur le taux directeur BNS.
Pourquoi le taux directeur pèse-t-il sur l'épargne ?
Le taux directeur pèse sur l'épargne parce qu'il fixe ce que gagnent les banques sur leurs propres francs. Les banques, comme d'autres intervenants sur les marchés financiers, détiennent des avoirs à vue en francs sur leur compte auprès de la BNS. Jusqu'à un certain seuil, ces avoirs sont rémunérés au taux directeur.
Au-delà de ce seuil, la BNS applique une décote. Lors de sa décision du 24 septembre 2026, cette décote restait fixée à 0,25 point de pourcentage. Le communiqué ne précisait pas le niveau du seuil. Selon la page de la BNS sur la mise en œuvre de sa politique monétaire, consultée le 22 octobre 2026, un taux négatif frappe la part qui dépasse le seuil lorsque le taux directeur est à 0 %, comme au 21 octobre 2026. Les avoirs que les banques détiennent pour satisfaire aux exigences de réserves minimales ne sont, eux, pas rémunérés.
La BNS justifie ce système à deux paliers : il incite les titulaires de compte à échanger des liquidités entre eux, et entretient ainsi l'activité du marché monétaire.
La BNS dispose de deux autres leviers, qu'elle range parmi ses opérations d'open market, pour orienter les taux à court terme :
- les pensions de titres, par lesquelles elle prête ou retire des francs contre des titres ;
- les Bons de la BNS, ses propres titres à court terme, émis lors de deux appels d'offres chaque jeudi, de 11 h à 11 h 30, pour des durées de 28 à 336 jours.
Ces instruments visent un but précis : maintenir les taux à court terme du marché monétaire gagé en francs près du taux directeur. Quand la BNS change son taux, c'est donc tout le prix de l'argent entre banques qui se déplace. La rémunération de l'épargne s'inscrit dans ce cadre, sans en être une copie conforme.
Que montre le taux SARON sur ce lien ?
Le taux SARON montre que les taux du marché collent de près à la décision de la BNS. Le SARON, pour Swiss Average Rate Overnight, mesure le coût d'un prêt garanti d'une nuit entre banques. Le groupe SIX le calcule et le publie chaque jour.
Le 20 octobre 2026, le SARON valait -0,05 %, pour un taux directeur de 0 %. L'écart tenait donc à 0,05 point. Les sources consultées ne relient pas directement cet écart au mécanisme du seuil des avoirs à vue : c'est un cadre de lecture, pas une mesure.
Le SARON sert de référence aux hypothèques suisses et aux crédits aux entreprises. Aucune de nos sources ne le présente comme la base de calcul des comptes épargne. Il illustre le niveau des taux à court terme, pas la rémunération offerte à un client.
Le taux d'intérêt d'un compte épargne suit-il exactement la BNS ?
Rien dans nos sources ne permet d'affirmer que le taux d'épargne suit la BNS point par point. Elles ne chiffrent aucun taux d'épargne bancaire. Le communiqué du 24 septembre 2026 ne dit rien de l'épargne.
D'autres forces que la BNS pèsent sur les taux bancaires, comme le montre le crédit hypothécaire. Au troisième trimestre 2026, les hypothèques à taux fixe ont renchéri alors que la BNS maintenait son taux à 0 %. Selon les taux indicatifs de Comparis, moyenne d'une trentaine de banques, à fin septembre 2026 :
- 1,75 % sur trois ans, contre 1,38 % trois mois plus tôt ;
- 1,9 % sur cinq ans ;
- 2,07 % sur dix ans, un niveau inédit depuis mars 2025.
Selon une dépêche de Keystone-SDA, la hausse des taux à l'étranger se répercutait sur le marché suisse des capitaux. Elle renchérissait le refinancement des banques. L'exemple concerne le crédit, pas l'épargne : il montre seulement que le taux directeur n'est pas le seul moteur des taux pratiqués par les banques.
Quels taux dépendent de quoi ?
Le tableau rassemble les taux cités dans nos sources, avec ce qui les détermine selon elles.
| Taux | Niveau relevé | Ce qui le détermine selon nos sources |
|---|---|---|
| Taux directeur de la BNS | 0,00 % au 21 octobre 2026 | Décision de la BNS, en principe quatre fois par an |
| SARON | -0,05 % au 20 octobre 2026 | Prêts garantis entre banques, que la BNS cherche à garder près de son taux |
| Obligations de la Confédération | 0,553 % au 21 octobre 2026 | Rendement affiché par la BNS ; nos sources n'en détaillent pas les causes |
| Hypothèque fixe à dix ans | 2,07 % à fin septembre 2026 (indicatif Comparis) | Dépend aussi des marchés des capitaux |
| Compte épargne | Non chiffré dans nos sources | Une hausse du taux directeur toucherait sa rémunération ; le détail n'est pas publié |
Pourquoi la BNS laisse-t-elle son taux à 0 % ?
La BNS garde son taux à 0 % tant que l'inflation reste dans la plage qu'elle assimile à la stabilité des prix. Son mandat est d'assurer cette stabilité en tenant compte de la conjoncture. Elle envisage de resserrer sa politique si l'inflation menace de dépasser durablement 2 %.
La décision du 24 septembre 2026 sert d'exemple daté. Ce jour-là, la BNS a maintenu son taux directeur à 0 %. L'inflation était passée de 0,6 % en mai à 0,8 % en août 2026, en variation annuelle de l'indice suisse des prix à la consommation.
Sa prévision d'inflation conditionnelle, publiée en septembre 2026 avec un taux supposé à 0 %, restait basse :
- 0,7 % en moyenne annuelle en 2026 ;
- 0,8 % en 2027 ;
- 0,8 % en 2028.
Le président de la BNS, Martin Schlegel, a résumé ce choix en marge de la réunion du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Le renchérissement restait contenu « dans la moyenne de la fourchette de 2 % », ce qui permettait de ne pas toucher au taux directeur.
Cette situation tranchait avec l'étranger. La Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed) avaient récemment relevé leurs taux. Cet écart de taux avait affaibli le franc, quelques semaines avant qu'il redevienne une valeur refuge en octobre 2026.
Que peut suivre un épargnant en Suisse ?
Un épargnant peut suivre deux repères publics : les décisions de la BNS et l'inflation. Les décisions tombent après les examens de mars, juin, septembre et décembre. Chacun donne lieu, selon la BNS, à un communiqué de presse, à une conférence de presse et à une nouvelle prévision d'inflation conditionnelle. Depuis septembre 2025, la BNS publie aussi une synthèse des discussions quatre semaines après chaque décision. Le prochain examen est prévu le 10 décembre 2026.
Les avis divergent sur cette échéance. Les économistes de Raiffeisen jugent qu'une hausse pourrait venir dès le 10 décembre 2026. Pour l'expert financier Dirk Renkert, cité par Keystone-SDA, la BNS ne devrait pas être « particulièrement pressée de relever ses taux » à court terme. Ce sont des lectures, pas des engagements de la BNS.
L'inflation reste l'autre repère utile, selon nos sources. Elle permet de comparer ce que rapporte un compte avec la hausse des prix sur la même période. Cet article ne constitue pas un conseil de placement.
Chiffres clés
- Taux directeur de la BNS : 0,00 % au 21 octobre 2026.
- SARON : -0,05 % au 20 octobre 2026.
- Décote au-delà du seuil des avoirs à vue : 0,25 point de pourcentage (septembre 2026).
- Inflation annuelle : 0,6 % en mai et 0,8 % en août 2026.
- Inflation prévue par la BNS (septembre 2026) : 0,7 % en 2026, 0,8 % en 2027 et en 2028.
- Obligations de la Confédération : 0,553 % au 21 octobre 2026.
- Hypothèque fixe à dix ans : 2,07 % à fin septembre 2026 (taux indicatif Comparis).
- Prochain examen de politique monétaire : 10 décembre 2026.
Ce qu'on ne sait pas encore
- Le taux d'intérêt moyen des comptes épargne en Suisse : aucune de nos sources ne le chiffre.
- La façon dont chaque banque répercute le taux directeur et le SARON sur ses comptes d'épargne, et dans quel délai.
- Le niveau du seuil des avoirs à vue au-delà duquel s'applique la décote : la page de la BNS sur la mise en œuvre de sa politique monétaire ne le chiffre pas non plus.
- La décision du 10 décembre 2026 : le pronostic de Raiffeisen n'engage pas la BNS.
Sources
- 2clics.com, « Taux directeur BNS : comment la Banque nationale suisse le fixe », 22 octobre 2026, d'après les pages de la BNS sur sa stratégie, ses décisions et ses taux du jour.
- 2clics.com, « Taux SARON : calcul, publication et lien avec le taux directeur », 23 octobre 2026, d'après les pages de SIX et de la BNS.
- 2clics.com, « Franc suisse : la Banque nationale n'a pas renforcé ses interventions », 23 octobre 2026, d'après AWP, Keystone-ATS et la BNS.
- Banque nationale suisse, « Mise en oeuvre de la politique monétaire », page consultée le 22 octobre 2026.
- Banque nationale suisse, « Les décisions de politique monétaire de la BNS », page consultée le 21 octobre 2026.
- Banque nationale suisse, page d'accueil et taux clés, valeurs des 20 et 21 octobre 2026.




