En Suisse, les taux négatifs n'ont pas disparu avec un taux directeur à 0 %. Selon la Banque nationale suisse (BNS), un taux négatif s'applique alors à la part des avoirs à vue des banques qui dépasse un seuil. C'était le cas au 21 octobre 2026, et le SARON s'établissait à −0,05 % la veille.

Ce mécanisme découle du taux directeur BNS, l'outil par lequel la Banque nationale oriente le niveau des taux d'intérêt en Suisse. Cette page de notre dossier BNS et taux répond à une seule question : comment fonctionne un taux négatif de la BNS, et que sait-on de ses effets.

Elle s'en tient aux pages de la BNS et aux articles de 2clics. La BNS archive ses décisions de politique monétaire année par année, de 2000 à 2026, période 2015 à 2022 comprise. Les pages relevées pour cet article ne reprennent toutefois pas le contenu de ces décisions annuelles.

Qu'est-ce qu'un taux négatif de la BNS ?

Un taux négatif de la BNS est un taux appliqué aux avoirs à vue en francs que les banques détiennent auprès d'elle. D'autres intervenants des marchés financiers sont concernés aussi. La BNS range ce taux parmi ses instruments de politique monétaire, aux côtés des opérations d'open market et des facilités permanentes.

Le calcul repose sur un système à deux paliers :

  • jusqu'à un seuil défini, les avoirs à vue sont rémunérés au taux directeur de la BNS ;
  • au-delà de ce seuil, la BNS applique le taux directeur réduit d'un certain nombre de points de base ;
  • lorsque le taux directeur est égal à 0 %, la part qui dépasse le seuil subit donc un taux négatif ;
  • les avoirs détenus pour satisfaire aux exigences de réserves minimales ne se voient appliquer aucun taux.

Le taux négatif ne touche donc pas tous les avoirs des banques. Il ne frappe que l'excédent au-delà du seuil, ce qui en fait un instrument ciblé.

Pourquoi un taux négatif s'applique-t-il en Suisse en 2026 ?

Le taux négatif s'applique parce que la BNS a maintenu son taux directeur à 0 % le 24 septembre 2026. Ce jour-là, elle a aussi laissé la décote au-delà du seuil à 0,25 point de pourcentage. Son communiqué ne précisait pas le niveau du seuil, comme le relevait notre article sur le maintien du taux directeur à 0 %.

La BNS motivait ce maintien par une inflation contenue. Selon elle, l'inflation annuelle est passée de 0,6 % en mai à 0,8 % en août 2026. Sa prévision conditionnelle, calculée avec un taux supposé à 0 %, donnait 0,7 % pour 2026, puis 0,8 % pour 2027 et pour 2028. Ces chiffres sont des prévisions, révisées à chaque examen, et non des constats.

La Suisse se distingue ainsi de ses voisins. Selon une dépêche de Keystone-ATS, la BNS a pu garder son taux à zéro grâce à une inflation durablement basse. La Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed) avaient, elles, récemment relevé leurs taux. Cet écart de taux pèse sur le franc, comme le détaille notre article sur le franc et les interventions.

Pourquoi la BNS utilise-t-elle ce système à deux paliers ?

Le système à deux paliers sert à faire vivre le marché monétaire. La BNS explique qu'il incite les titulaires de comptes de virement à échanger des liquidités entre eux. Le taux sur les avoirs à vue lui permet de maintenir les taux à court terme du marché monétaire gagé en francs près de son taux directeur.

D'autres outils complètent ce dispositif. Par les pensions de titres, la BNS agit sur la quantité de francs disponibles dans le système financier. Elle émet aussi ses propres titres à court terme, les Bons de la BNS, lors de deux appels d'offres chaque jeudi.

Pourquoi le SARON est-il passé sous zéro ?

Le SARON, taux de référence du franc pour les prêts d'une nuit, valait −0,05 % le 20 octobre 2026, selon la BNS. Il naît précisément du marché monétaire gagé que la BNS cherche à piloter, comme l'explique notre page sur le taux SARON et son calcul.

Le taux négatif sur les avoirs excédentaires fournit un cadre de lecture à cet écart. Les pages consultées ne relient toutefois pas directement les 0,05 point d'écart à ce mécanisme. Il s'agit d'une piste d'explication, pas d'une mesure.

IndicateurNiveauDate
Taux directeur de la BNS0,00 %21 octobre 2026
Décote au-delà du seuil des avoirs à vue0,25 point de pourcentage24 septembre 2026
SARON−0,05 %20 octobre 2026
Inflation annuelle constatée0,8 %août 2026

Quels effets sur les hypothèques en Suisse ?

Un taux directeur à 0 % ne garantit pas des hypothèques bon marché. Au troisième trimestre 2026, les hypothèques à taux fixe ont renchéri alors que la BNS ne bougeait pas, selon les taux indicatifs de Comparis cités par Keystone-SDA.

  • Sur trois ans : 1,75 % à fin septembre 2026, contre 1,38 % trois mois plus tôt, soit 0,37 point de plus.
  • Sur cinq ans : 1,9 % à fin septembre 2026.
  • Sur dix ans : 2,07 %, un niveau inédit depuis mars 2025.

Selon cette dépêche, la hausse des taux à l'étranger se répercutait sur le marché suisse des capitaux et renchérissait le refinancement des banques. Notre article sur la hausse des taux hypothécaires détaille ces chiffres. Un taux indicatif donne une tendance, pas le taux qu'obtiendra un emprunteur donné.

Les hypothèques liées au SARON suivent une autre logique. Le SARON n'y forme qu'une composante du taux payé, à côté de la marge de la banque. Les sources consultées ne donnent pas le niveau de ces marges.

Quels effets sur l'épargne et les caisses de pension ?

Sur l'épargne, les sources consultées ne chiffrent aucun taux bancaire. Le communiqué du 24 septembre 2026 ne dit rien non plus des comptes d'épargne. L'inflation reste le repère disponible pour un épargnant : 0,8 % en août 2026, en variation annuelle de l'indice suisse des prix à la consommation.

Sur les caisses de pension, aucune des sources consultées n'aborde les effets des taux négatifs. Cet article ne peut donc rien en affirmer. Il ne constitue pas non plus un conseil de placement.

Que peut changer l'examen du 10 décembre 2026 ?

Le prochain examen de la BNS est fixé au 10 décembre 2026, selon le calendrier de son évaluation trimestrielle BNS. La BNS publie deux notes distinctes sur la rémunération des avoirs à vue : l'une pour un taux directeur égal à zéro, l'autre pour un taux supérieur à zéro.

Les lectures divergent sur l'issue. Les économistes de Raiffeisen jugent qu'une hausse pourrait venir dès le 10 décembre 2026. L'expert financier Dirk Renkert, cité par Keystone-SDA, estimait au contraire que la BNS ne devrait pas être « particulièrement pressée de relever ses taux » à court terme. Aucun de ces avis n'engage la BNS.

Chiffres clés

  • Taux directeur de la BNS : 0,00 % au 21 octobre 2026.
  • Décote au-delà du seuil des avoirs à vue : 0,25 point de pourcentage, confirmée le 24 septembre 2026.
  • SARON : −0,05 % au 20 octobre 2026.
  • Inflation annuelle : 0,6 % en mai et 0,8 % en août 2026.
  • Inflation prévue par la BNS en septembre 2026 : 0,7 % en 2026, 0,8 % en 2027 et en 2028.
  • Hypothèque fixe à dix ans : 2,07 % à fin septembre 2026 (taux indicatif Comparis).
  • Archive des décisions de la BNS : de 2000 à 2026, une page par année.

Ce qu'on ne sait pas encore

Plusieurs points restent hors de portée des sources consultées pour cet article :

  • l'historique de 2015 à 2022 : date d'introduction, niveaux successifs et sortie des taux négatifs, que les pages relevées ne retracent pas ;
  • le niveau du seuil des avoirs à vue, que ni le communiqué ni la page de mise en œuvre ne chiffrent ;
  • les effets des taux négatifs sur les comptes d'épargne et sur les caisses de pension ;
  • la décision du 10 décembre 2026 et ses conséquences sur la rémunération des avoirs à vue.

Sources