La chercheuse crypto Stacy Muur a publié le 20 octobre 2026 une compilation de 82 projets crypto fermés en 2026, rapporte le Journal du Coin. Finance décentralisée, infrastructures, jeux et portefeuilles numériques figurent dans sa liste. Les causes diffèrent : piratages, trésoreries épuisées, activité insuffisante ou abandon d'un produit.

Le constat de fond tient en une phrase : attirer des capitaux ne suffit pas à bâtir un service durable. Une levée de fonds, une communauté ou un jeton négociable ne remplacent ni des utilisateurs réguliers, ni des revenus, ni une sécurité maîtrisée. C'est la lecture que propose le Journal du Coin de cette compilation.

Projets crypto fermés en 2026 : des causes très différentes

Derrière le chiffre de 82, les trajectoires n'ont pas grand-chose en commun. Le Journal du Coin cite plusieurs cas de la liste, qui illustrent chacun un chemin distinct vers la fermeture.

ProjetCe qui s'est passéCause indiquée
BlastRéseau construit au-dessus d'Ethereum, plus de 2 milliards de dollars de dépôts ; arrêt annoncé début octobre 2026Pas de voie crédible vers la viabilité économique
Step FinancePlateforme de suivi de portefeuilles sur Solana ; piratage de ses portefeuilles de trésorerie fin janvier, arrêt annoncé en févrierPerte de trésorerie après un piratage
Radiant CapitalCessation progressive annoncée en juin, selon CointelegraphPas de redressement après une attaque subie en 2024
Satori FinanceArrêt de l'activitéRevenus devenus insuffisants
Polygon zkEVMSéquenceur principal arrêté début juillet ; une interface reste ouverte pour réclamer les fondsArrêt d'un réseau précis, pas de tout Polygon

Le cas de Blast est le plus parlant. Plus de 2 milliards de dollars déposés n'ont pas suffi : son équipe ne voyait plus de voie crédible vers la viabilité. Les sommes confiées par les utilisateurs ne sont pas des revenus, et elles ne financent pas l'exploitation.

Step Finance montre l'autre extrémité. Le choc vient ici d'un piratage. Après la perte de sa trésorerie, la plateforme a cherché un financement ou un acquéreur, puis a renoncé. L'arrêt touche aussi ses activités associées, Remora Markets et SolanaFloor.

Un incident de sécurité peut aussi peser des années. Radiant Capital ne s'est jamais remis d'une attaque subie en 2024, et a annoncé sa fermeture progressive en juin 2026. Le piratage du pont inter-chaînes de Cysic, le 17 octobre 2026, rappelle que ce risque reste actuel.

Faillite crypto ou simple arrêt de produit ?

Le mot « fermeture » recouvre des réalités distinctes. La fermeture d'un produit ne signifie pas toujours la disparition de l'entreprise ou de son jeton, souligne le Journal du Coin.

Polygon zkEVM en donne l'exemple. L'arrêt porte sur ce réseau précis, pas sur l'ensemble de Polygon. Pour un détenteur, la différence compte : une entreprise toujours active peut maintenir un accès aux fonds, comme Polygon le fait avec son interface de réclamation.

À l'inverse, un jeton peut continuer à s'échanger alors que le service qu'il devait servir a fermé. Dans son analyse des memecoins, le Journal du Coin rappelait qu'une cotation ne garantit pas une liquidité suffisante. Le prix affiché n'est pas le montant réellement récupérable lors d'une vente. Ce constat, tiré de l'étude de Coin Metrics sur la chute des memecoins, vaut aussi pour le jeton d'un projet à l'arrêt.

Ce que la liste de Stacy Muur ne dit pas

Le chiffre de 82 n'est pas un recensement officiel. Il correspond au périmètre retenu par Stacy Muur, qui ne prétend pas couvrir toute l'industrie. Quand elle dit n'avoir jamais observé une telle situation, elle parle de son expérience, sans record mesuré avec une méthode constante.

D'autres décomptes existent, avec d'autres critères. Une recherche de DeFiLlama, relayée par CCN, comptait déjà 100 annonces d'arrêt en août 2026, réorientations stratégiques comprises. Les deux listes ne s'additionnent pas. Elles ne permettent pas non plus de mesurer une accélération des fermetures.

Risque crypto : ce que cela implique pour un détenteur en Suisse

Le sujet concerne un public croissant. Selon une étude de l'IFZ, institut de la Haute école de Lucerne basé à Zoug, 18 % des plus de 1700 personnes interrogées en Suisse au premier trimestre 2026 détenaient des cryptomonnaies. C'est 7 points de plus qu'en 2024.

Pour un détenteur de jetons ou l'utilisateur d'un service touché, le Journal du Coin ramène la question à trois points concrets :

  • le service fonctionne-t-il encore ?
  • une équipe le maintient-elle ?
  • les fonds restent-ils accessibles, par exemple par une interface de retrait comme celle de Polygon ?

Les recours, eux, paraissent limités. Le Journal du Coin ne mentionne aucun dispositif d'indemnisation pour les utilisateurs des projets cités. L'affaire Cysic montre aussi les limites d'une riposte : la fondation a gelé 2,8 millions de jetons CYS, mais ce gel ne récupère pas les actifs déjà vendus par l'attaquant. Cysic n'a précisé aucun dédommagement.

Côté suisse, l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) fixe un cadre aux intermédiaires. Selon la FINMA et les cryptomonnaies, un service qui fournit des wallets ou fait le négoce de cryptomonnaies est soumis à la loi sur le blanchiment d'argent. Il doit s'affilier à un organisme d'autorégulation. Le site de la FINMA publie aussi une rubrique « Entreprises autorisées » et une rubrique « Alertes ».

La FINMA distingue enfin l'achat direct et le produit réglementé. En autorisant le premier ETF bitcoin suisse, annoncé le 20 octobre 2026, elle a estimé que les règles de la loi sur les services financiers (LSFin) protègent mieux l'investisseur qu'un achat direct de cryptomonnaies. Elle rappelle pourtant que le capital investi peut perdre une part importante de sa valeur, même au travers d'un produit autorisé.

Ce qu'on ne sait pas encore

  • Le Journal du Coin ne détaille pas les 82 noms de la liste : on ignore si des prestataires suisses en font partie.
  • Aucune source consultée ne chiffre les détenteurs suisses touchés par ces fermetures.
  • Les montants restés bloqués dans les projets arrêtés ne sont pas connus.
  • Faute de méthode commune entre les décomptes, rien ne dit si 2026 marque un record.

Sources