L'inflation suisse a atteint 1,5 % sur un an en octobre 2026, contre 1,0 % en septembre, selon l'Office fédéral de la statistique (OFS). Le mazout, l'essence et le diesel expliquent l'essentiel de cette accélération des prix à la consommation. Sans les carburants ni les produits frais et saisonniers, le renchérissement reste limité à 0,5 %.
Ce que l'OFS a publié le 3 novembre 2026
L'indice des prix à la consommation (IPC) a gagné 0,2 % en un mois, pour s'établir à 101,7 points. La base 100 correspond à décembre 2025. Ces chiffres figurent dans le communiqué de l'OFS publié à Neuchâtel le 3 novembre 2026.
L'OFS attribue la hausse mensuelle à plusieurs facteurs, d'abord le mazout, l'essence et le diesel. Les chaussures pour femmes et pour hommes ont aussi renchéri, tout comme les prestations médicales ambulatoires des hôpitaux. À l'inverse, les cabinets médicaux, les voyages à forfait internationaux et l'hôtellerie ont baissé leurs prix.
Le chiffre dépasse les attentes. Selon l'agence financière AWP, citée par Allnews, les économistes sondés tablaient sur un renchérissement annuel de 1,1 % à 1,4 %. Ils attendaient une variation mensuelle comprise entre −0,1 % et +0,1 %.
Un renchérissement qui accélère depuis août
Octobre prolonge une remontée entamée à la fin de l'été. D'après le récapitulatif de l'Agence France-Presse (AFP), repris par Boursorama, l'inflation stagnait à 0,1 % en début d'année. Elle a grimpé au printemps avec le conflit au Moyen-Orient, s'est tassée en été, puis a accéléré de nouveau.
| Mois (2026) | Inflation sur un an |
|---|---|
| Début d'année | 0,1 % |
| Mars | 0,3 % |
| Avril | 0,6 % |
| Mai | 0,6 % |
| Juin | 0,5 % |
| Juillet | 0,4 % |
| Août | 0,8 % |
| Septembre | 1,0 % |
| Octobre | 1,5 % |
Le saut d'un demi-point entre septembre et octobre est le plus fort écart d'un mois à l'autre dans cette série. Selon l'AFP, la remontée depuis l'été tient aux tensions sur le pétrole, mais aussi au reflux du franc face au dollar.
Énergie ou inflation de fond : deux lectures du même indice
L'inflation sous-jacente raconte une autre histoire que le chiffre global. Elle écarte les produits frais et saisonniers ainsi que les carburants. Selon Allnews, elle est restée stable sur un mois, à 100,6 points, et ne progresse que de 0,5 % sur un an.
Le choc vient des produits pétroliers. Le mazout a renchéri de 81,4 % sur un an, l'essence de 26,5 % et le diesel de 36,9 %. D'après l'AFP, l'ensemble des produits pétroliers affiche un bond de 40,3 % sur un an.
Arthur Jurus, économiste chez le groupe financier ODDO BHF, chiffre ce poids. Selon lui, ces produits pèsent 2,1 % du panier de consommation mais expliquent près de 85 % de la hausse mensuelle de l'indice. Il y voit « un choc énergétique concentré » plutôt qu'une inflation généralisée.
La provenance des biens confirme cette lecture. Les prix des produits indigènes ont baissé de 0,1 % sur un mois et progressé de 0,8 % sur un an. Ceux des produits importés ont bondi de 1,2 % sur un mois et de 3,7 % sur un an.
L'indice harmonisé, qui sert aux comparaisons européennes, donne une mesure un peu plus haute. Il atteint 101,77 points, soit +0,4 % sur un mois et +1,6 % sur un an.
Que change l'inflation pour un ménage en Suisse ?
L'effet dépend surtout du mode de chauffage et de l'usage de la voiture. Arthur Jurus relève que la facture pèse d'abord sur les ménages chauffés au mazout et sur ceux qui roulent chaque jour. Pour la majorité des autres dépenses, les hausses restent modérées.
À la pompe, les prix restaient élevés à la mi-octobre. Selon les relevés du Touring Club Suisse (TCS), rapportés dans notre article sur les prix des carburants en Suisse, le sans-plomb 95 coûtait en moyenne 2,16 francs le litre. Le diesel atteignait 2,45 francs, à un centime de son plus haut annuel de la mi-septembre.
Le pouvoir d'achat dépend aussi des salaires, et ils progressent peu. Selon une enquête d'UBS, la grande banque suisse, auprès de 400 entreprises, les salaires nominaux ont augmenté de 1,1 % en moyenne en 2026. Corrigée de l'inflation, la hausse réelle n'atteint que 0,4 %.
Pour 2027, les entreprises interrogées prévoient seulement +1 % de salaires nominaux. UBS estime la hausse réelle à 0,2 %, avec une inflation attendue à 0,8 % en moyenne. Ce sont des intentions et des prévisions, pas des hausses acquises.
| Indicateur (UBS) | 2026 | 2027 (prévision) |
|---|---|---|
| Salaires nominaux | +1,1 % | +1,0 % |
| Salaires réels | +0,4 % | +0,2 % |
| Inflation moyenne attendue | 0,7 % | 0,8 % |
Les primes d'assurance maladie réduisent encore la marge. UBS estime leur hausse moyenne à 5 % en 2027. Selon la banque, ce surcoût freine la progression des revenus d'environ 0,3 point, soit davantage que la hausse attendue des salaires réels.
Un point de lecture s'impose. Le taux d'octobre mesure un mois, alors que les salaires se comparent à l'inflation moyenne de l'année. UBS a d'ailleurs relevé sa prévision pour 2026 de 0,6 % à 0,7 %, à cause du pétrole.
La BNS va-t-elle relever son taux directeur ?
Le chiffre reste dans la zone visée par la Banque nationale suisse (BNS). Celle-ci assimile la stabilité des prix à une hausse annuelle inférieure à 2 %, comme l'explique notre page sur le taux directeur de la BNS. Des économistes, chez Raiffeisen comme à la Banque Migros, parlent d'une fourchette de 0 à 2 %.
Le 24 septembre 2026, la BNS a maintenu son taux directeur à 0 %. Sa prévision d'inflation conditionnelle donnait alors 0,7 % pour 2026, puis 0,8 % pour 2027 et 2028. Selon l'AFP, son président Martin Schlegel s'attendait à voir l'inflation « augmenter quelque peu au quatrième trimestre », puis reculer dans le courant de 2027.
Les économistes divergent sur la suite. Santosh Brivio, de la Banque Migros, parle d'un « signal d'alerte », mais pas d'un motif de resserrement « précipité ». Comme Arthur Jurus, il attend une première hausse des taux en 2027 seulement, voire à la fin de l'année.
L'institut de conjoncture BAK Economics voit au contraire un resserrement dès décembre. Son économiste Claude Maurer invoque l'écart de taux avec l'étranger, un franc déprécié en termes réels et une conjoncture solide. Les économistes de Raiffeisen jugent eux aussi qu'une hausse pourrait venir dès le 10 décembre 2026.
Le critère décisif serait la durée du choc. Pour Santosh Brivio, ce n'est pas la flambée elle-même qui compte, mais sa durée : si les prix de l'énergie restent élevés, le risque d'effets de deuxième tour augmente. Arthur Jurus estime que la BNS devra surveiller les effets indirects de l'énergie sur les coûts du transport et les prix des biens. La prochaine évaluation trimestrielle de la BNS est fixée au 10 décembre 2026.
En comparaison internationale, Martin Schlegel jugeait en septembre l'inflation suisse « relativement faible ». Aux États-Unis, la hausse des prix a fait l'objet de notre article sur l'inflation américaine et la Fed.
Ce qu'on ne sait pas encore
- La décision de la BNS du 10 décembre 2026 : les pronostics de BAK Economics et de Raiffeisen n'engagent pas la banque centrale.
- La durée de la flambée du mazout et des carburants, dont dépend un éventuel effet de deuxième tour sur les autres prix.
- Les salaires effectivement négociés pour 2027 : l'enquête d'UBS reflète les intentions des entreprises à l'automne 2026.
Sources
- Office fédéral de la statistique : « Les prix à la consommation ont augmenté de 0,2% en octobre », 3 novembre 2026
- Allnews (AWP) : « L'inflation poursuit sa hausse en octobre », 3 novembre 2026
- Allnews (AWP) : « Vers une hausse des salaires de 1% en 2027 », 3 novembre 2026
- Boursorama (AFP) : « Suisse : l'inflation augmente à 1,5% sur un an en octobre », 3 novembre 2026




