Un départ d'UBS vers les États-Unis ou le Royaume-Uni pourrait coûter à la banque autant que les règles « too big to fail » prévues en Suisse. C'est la conclusion d'un examen interne du Département fédéral des finances (DFF), rapporté par l'agence Reuters puis par Fintechnews Switzerland le 30 octobre 2026. L'examen n'est pas publié. UBS, la grande banque suisse, dit ne pas commenter les spéculations.

Que conclut l'examen du Département fédéral des finances ?

L'examen cherche à savoir si UBS pourrait échapper au durcissement de ses exigences de fonds propres en déménageant à l'étranger. Selon le DFF, une commission parlementaire a demandé une partie de ce travail. Les sources ne précisent pas laquelle.

Le département y défend aussi son projet. Selon lui, les autorités jugent les nouvelles règles efficaces, ciblées et proportionnées. Elles les estiment supportables pour UBS. C'est la position de l'administration fédérale, pas celle de la banque, qui conteste depuis le début une couverture intégrale de ses filiales étrangères.

Pourquoi un siège aux États-Unis n'allégerait pas la facture

Les États-Unis passent pour l'option la plus souvent citée, mais l'examen la juge difficile. Les banques américaines détiennent en général leurs filiales directement par leur société mère. Les plafonds américains sur la dette et les engagements de cette maison mère s'appliqueraient alors à UBS. Selon l'examen, la banque devrait ainsi détenir à peu près autant de capital qu'en couvrant intégralement toutes ses filiales.

Un allègement resterait possible, à une condition. Les autorités américaines devraient accepter la structure actuelle d'UBS, organisée autour de sa société mère. L'examen avertit aussi que les règles américaines pourraient changer fortement avec un nouveau gouvernement.

Et au Royaume-Uni ?

Le Royaume-Uni traite un peu plus souplement les filiales étrangères. Mais UBS devrait alors détenir davantage de capital pour ses activités en Suisse. Les règles britanniques leur attribueraient une pondération des risques bien plus lourde qu'aujourd'hui. L'examen reconnaît que ces effets sont difficiles à mesurer précisément.

Le cadre britannique diffère aussi par ses objectifs. L'autorité de surveillance britannique, la Prudential Regulation Authority (PRA), a fait de la compétitivité de sa place financière un objectif fondamental, selon le magazine PME. En Suisse, le directeur de l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA), Stefan Walter, rappelle que la compétitivité ne figure pas dans le mandat de la FINMA.

Suisse, États-Unis, Royaume-Uni : les trois cadres comparés

Le tableau réunit les conclusions de l'examen du DFF, rapportées par Fintechnews Switzerland, et les chiffres déjà publiés sur le débat suisse.

CadreRègle pour les filiales étrangèresEffet sur le capital d'UBS
Suisse, projet du Conseil fédéralCouverture à 100 % par des fonds propres durs (CET1)Bien au-dessus du niveau exigé aujourd'hui
Suisse, version du Conseil des États (septembre 2026)Couverture à 90 %Environ 16 milliards de dollars de fonds propres de base en plus, selon UBS
États-UnisFiliales détenues par la maison mère, plafonds sur sa dette et ses engagementsÀ peu près autant qu'une couverture intégrale ; allègement possible si la structure actuelle est acceptée
Royaume-UniRègles un peu plus souples pour les filiales étrangèresDavantage de capital pour les activités suisses ; effet difficile à chiffrer

Too big to fail : où en est le débat sur les fonds propres d'UBS ?

Les nouvelles règles font suite à l'effondrement de Credit Suisse en 2023, repris la même année par UBS. Selon les mesures proposées par le Conseil fédéral, UBS devrait couvrir entièrement ses filiales étrangères par des fonds propres durs, le Common Equity Tier 1 (CET1). En septembre 2026, le Conseil des États a abaissé cette cible à 90 %. Les deux niveaux dépassent nettement ce que la banque doit détenir aujourd'hui.

UBS estime que la version du Conseil des États ajouterait environ 16 milliards de dollars à ses fonds propres de base. Ce chiffre vient de la banque, pas d'une autorité. Lors de ses résultats du troisième trimestre, le 28 octobre 2026, son directeur général Sergio Ermotti a jugé ce vote « très préoccupant ». Une couverture à 50 % lui aurait paru plus équilibrée, selon finews.ch.

L'hypothèse d'un départ circule depuis la mi-octobre. Selon le Wall Street Journal, UBS étudierait des plans pour quitter la Suisse : rachat d'une société financière américaine pour y transférer son siège, fusion avec un concurrent européen ou vente à une banque américaine. Ni UBS ni Reuters n'ont confirmé ces informations.

Le personnel bancaire a ensuite chiffré ce scénario. Selon finews.ch le 26 octobre 2026, l'Association suisse des employés de banque (ASEB) estime que 10'000 à 12'000 des 34'000 postes d'UBS en Suisse seraient menacés. Ce départ d'UBS chiffré en emplois reste une estimation sans méthode publiée.

Ce que l'examen change dans le débat

L'examen du DFF répond directement à l'argument du départ. Si ses conclusions tiennent, quitter la Suisse ne dispenserait pas UBS d'exigences de capital comparables. Il s'agit toutefois d'une analyse de l'administration fédérale, connue seulement par la presse. Elle ne lie ni le Parlement ni la banque, et UBS ne l'a pas commentée.

Ce qui reste à décider

  • Le vote du Conseil national : une de ses commissions a commencé à examiner les règles durant la semaine du 26 octobre 2026, et un vote serait possible en décembre, selon Fintechnews Switzerland.
  • Le niveau de couverture des filiales étrangères : 100 % dans le projet du Conseil fédéral, 90 % pour le Conseil des États, 50 % souhaités par Sergio Ermotti.
  • La réaction d'UBS : la banque a refusé de dire ce qu'elle ferait en cas de règle stricte. Elle présentera ses ambitions pour 2027 en février 2027.

Ce qu'on ne sait pas encore

  • Le texte de l'examen du DFF : il n'est pas publié, et aucun lien vers un document officiel n'est disponible.
  • Les montants que l'examen attribue à chaque scénario, que les sources ne détaillent pas.
  • La commission parlementaire qui a demandé une partie de ce travail.
  • Le calendrier d'entrée en vigueur des nouvelles règles.

Sources